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24/10/2009

La femme du tramway

Le bourreau était humaine.


Allemagne, années 50.

Une femme, jeune encore, et belle sous son uniforme strict, vient en aide à un enfant malade. Guéri, il vient la remercier. Elle l'initie à l'amour. Il l'initie à la littérature. Ou, plus précisément, il lui fait la lecture. Pour elle, la femme du peuple, et pour lui, l'adolescent privilégié, ce sont des mois bénis. Heureux. Une parenthèse enchantée.

Conséquence inattendue d'une promotion : elle disparaît.

Quelques années plus tard, étudiant en Droit, le jeune homme retrouve son ancienne maîtresse dans l'enceinte d'un tribunal. Accusée - et coupable - de crime contre l'Humanité. La femme secourable, la tendre maîtresse, l'amante rieuse, avait été gardienne dans un camp de la mort. Avait aussi - apparemment - ordonné un "Oradour". Les victimes dans l'église. Le feu à l'église. Elle le reconnaît. Elle mis l'ordre par écrit. L'a signé.

Sauf que c'est impossible. Son amant l'a compris. Elle est illettrée.

L'avouer pourrait, sinon la sauver de la prison, du moins alléger sa peine. Elle ne le fera pas. Par orgueil. Par honte. Mieux vaut passer pour un monstre que pour... Pour quoi, au jusste ? Une inadaptée sociale ? Une idiote ? Une incapable ?

Elle apprendra à lire en prison. Les livres que lui enverra son ancien amant. Son seul ami.

 

Ce film, The Reader, de Stephen Daldry, est tiré d'un livre que je n'ai - un comble, vu le sujet - pas lu. Il est entièrement porté par une Kate Winslet oscarisée à juste titre. Magistrale. Belle. Touchante. Rigide. Sensuelle. Ecoeurante. Légère. Humaine.

Humaine...

Humaine, comme son personnage. Son personnage de bourreau. Et son personnage de femme.

 

The Reader pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. Question de la culpabilité des exécutants sous le régime Nazi. Question de la culpabilité, réelle ou ressentie, des jeunes générations allemandes. Question de l'importance de la culture en général, et de la lecture en particulier. Question de l'amour transgénérationnel.

Il donne pourtant deux réponses :

La première, c'est que quoi qu'ait fait un être humain, il reste un être humain. Capable de sentiments. Et digne d'en inspirer.

La deuxième, c'est qu'il est parfois plus facile de passer pour un monstre que pour un pauvre type (ou une pauvre femme). Quelles qu'en soient les conséquences.

Ce que j'ai pu remarquer, à une moindre échelle, là où j'étais.

J'y reviendrai. Peut-être.

 

23:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, histoire, guerre, justice

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