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27/10/2009

Victimes ? Et alors ?


Tout est dans le titre.


Je n’avais pas créer ce blog pour pousser des gueulantes. Il se voulait « coups de coeur » plutôt que « coups de gueule ». Et pourtant. Pour la deuxième fois en quelques jours, je râle. Et pour la deuxième fois, je râle en lisant les réactions spontanées des internautes aux articles de presse. Alors pourquoi , me demanderez-vous, est-ce que je continue à les lire, ces fameuses réactions ? Réponse N° 1 : parce que Dame Lamberte est masochiste. Réponse N° 2 : parce que les sujets y évoqués la renvoient à sa propre histoire.

Depuis quelques temps - ou, devrai-je dire, depuis que la presse existe - les faits divers sordides squattent la « une » des gazettes. Affaires de mœurs. Affaires de meurtres. Affaires de mœurs et de meurtres mêlés. Le côté obscur de la force humaine fait vendre. Fait s’indigner. Et les réactions vengeresses fleurissent. Couper la tête des assassins. Couper les couilles des violeurs.  Enfermer les voleurs, les dealers, les délinquants de tous poils dans des prisons les plus sordides possibles. Le plus longtemps possible. Ne pas être d’accord avec cette opinion serait manquer de respect aux victimes. Que dis-je ? Aux Victimes, avec un grand V. Suit d’ailleurs généralement de peu : «  Et si c’était vous » ? Ou, mieux, « Et s’il s’agissait de votre enfant ? » .

Cette attaque, je la reçoit régulièrement en pleine figure, comme une injure. Car, il y a longtemps « ça » a été moi. Victime, je l’ai été. Pas d’un Dutroux. Mais d’un homme qui aimait les femmes. Et qui ne pouvait concevoir un instant qu’une d’entre elles pouvait ne pas vouloir de lui et de son corps d’athlète. Il m’a violée sur un canapé rouge, aux boutons noirs. Dans le salon où il recevait régulièrement mes parents. Ses voisins. Dans la maison où il vivait avec son épouse. Où il vit toujours. A moins de cent mètres de l’endroit où j’écris cet article. Le reste de l’histoire n’a aucun intérêt. Pour l’instant, du  moins. J’y reviendrai, sans doute. Plus tard.

J’ai été une victime. Il y a longtemps. Il y a trente-six ans. J’en avais treize.
J’ai été une victime, au passé. J’ai construit ma vie avec ce traumatisme, en bien comme en mal. Le viol ne protège pas des autres aléas de la vie. Il ne protège ni de la ruine, ni de la mort, ni de la trahison.
J’ai été une victime, mais je n’ai pas été que ça. Je ne suis pas que ça. Je ne suis pas pour autant meilleure ou moins bonne que la plupart des gens.
J’ai été une victime. Et alors ?

Et alors ?
Cela me donne-t-il le devoir de haïr mon agresseur ? De lui vouer une haine éternelle ?
Et alors ?
Cela doit-il faire de moi quelque ‘un se complaisant dans un passé sordide ? Quelqu’un refusant de regarder l’avenir ?
Et alors ?
Cela donne-t-il aux autres, aux commentateurs internautes comme aux politiciens populistes le droit de parler en mon nom ?
Je ne me reconnais pas dans la Victime avec un grand V. Forcément innocente. Forcément gentille. Forcément populaire. Je n’étais ni gentille, ni populaire, à treize ans. Je ne le suis toujours pas aujourd’hui. Innocente, encore moins. Mon agresseur avait-il pour autant le droit de me violer ?
Je ne me reconnais pas dans la Victime avec un grand V. Forcément vengeresse.  Forcément perdue à jamais. Je ne désire aucune vengeance. Et je revendique le droit à l’indifférence. Et la possibilité d’être heureuse.
Le droit, aussi, de m’opposer au rétablissement de la peine de mort. Aux conditions de détention inhumaines. A la castration.

Je ne parle ici que pour moi-même. Je ne prétends pas, loin de là, parler au nom de toutes celles, de tous ceux, dont la route a croisé celle d’un prédateur. Je ne parle que pour moi.
Mais je parle moi-même.

Pardon, si j’ai blessé quelqu’un

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