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13/11/2009

Sous les ponts de Paris...

Ou dans les tunnels de Bruxelles. C'est pareil.


Pourquoi, lorsqu'un mendiant (j'ai du mal à qualifier ces personnes de musiciens de rue) entre dans un tram et se met à jouer du violon, commence-t-il toujours sa sérénade par le sempiternel "Sous les ponts de Paris" (opinions d'un ami Parisien : "On n'est pas dépaysés, on a les mêmes chez nous") ? Parce que cette chanson parle de lui, ou parce qu'elle est devenue un poncif, presqu'un générique ? Après "Dallas, ton univers impitoyable", nous avions droit aux heurs et malheurs de la familles Ewing. Après "Sous les ponts de Paris", nous avons droit au petit garçon brun faisant la quête auprès des voyageurs indifférents ou agacés.

La STIB a décidé de prendre des mesures contre "ces gens-là". Soit. La STIB est une société de transports, pas un service social. La question qui se pose est plutôt : que font les services sociaux ? Question, plutôt, qui devrait se poser, car bien des gens ne se la posent pas . Comment se fait-il que, dans un pays dit civilisé et démocratique, autant de personnes se retrouvent à devoir mendier pour vivre, à n'avoir d'autre abri que les gares ou les stations de métro, pour les plus chanceux d'entre eux ?

Je n'ai pas de réponse à donner. Je ne peux que constater quelques faits : on ne devient pas mendiant par choix, ni par plaisir. On peut passer très rapidement d'une vie normale, voire aisée, voire opulente, à la misère la plus absolue. Les mailles du filet de la sécurité sociale sont lâches. Très lâches, et lorsqu'on est passé à travers, il est pour ainsi dire impossible de réintégrer la société des hommes. Les travailleurs sociaux font ce qu'ils peuvent, dans la mesure de leurs moyens, mais ils sont tenus par une règlementation qui frise parfois l'absurde.

D'autres faits encore, liés aux mendiants, aux clochards, aux SDF eux-mêmes. Les mafias qui explitent au maximum les malheureux sous leur coupe. Les addictions à l'alcool ou aux drogues qui se greffent sur les journées mornes d'angoisse. Ou qui en sont la cause. La perte des repères. Des horaires. Des habitudes sociales. La peur. La violence. La peur de la violence. Le froid. La chaleur et la soif (d'eau). Et la crasse. Et la promiscuité. La promiscuité dans la rue. Etrange, n'est-ce pas ?

Je n'ai aucune morale à faire. A personne. Ni aux mendiants, ni à ceux qui les croisent. Je n'ai même pas à témoigner. Je voudrais juste dire que ces hommes, ces femmes, ces enfants sont des êtres humains. Des êtres humains comme nous tous. Qui, un jour, peu importe la raison, sont tombés. Et que chacun peut tomber.

J'ai croisé dans le Tram 4, entre Nord et Vanderkindere, un jeune garçon aux grands yeux bruns. Des yeux bruns tristes. Eteints. Qui m'ont renvoyé le regard d'un autre enfant perdu. Les enfants perdus ont-ils tous le même regard ?

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