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30/11/2009

Itinéraire d'un enfant perdu

J'aimais ce film "avant". Je l'aime toujours "après".


- Quel est votre film préféré, Dame Lamberte ?

- The Basketball Diaries.

- Ah bon ? ce n'est pas Citizen Kane ? Le Seigneur des Anneaux ? Autant en Emporte le Vent ?

- Non. C'est "The Basketball Diaries" de Scott Kalvert.

- Avec Di Caprio ?

- Avec Di Caprio. Et d'après Jim Carroll.

- Jamais vu. Ca parle de quoi ?

- D'un gamin. Et de drogue.

 

The Basketball Diaries est un film en couleurs. Pourtant, lorsque j'y pense, ses images me reviennent en noir et blanc. En noir, blanc et gris, plutôt. Gris comme les quartiers populaires de New York. Gris comme la jeunesse de ses enfants perdus. Gris terne et triste. Et pourtant empli de passion. De passion et d'amour. Passion d'un adolescent pour l'écriture et pour le sport. Amour d'une mère éplorée pour son enfant perdu. Passion,  amour, amitié, jeunesse, face à la drogue. Pas le petit joint du samedi soir, non. La drogue avec un grand D. La drogue avec son cortège de folie et d'horreur. La drogue qui conduit un enfant rebelle, certes, mais qui avait pour réussir plus de talents qu'il n'en fallait, à la déchéance la plus totale.

Ce film, je l'ai reçu comme un coup de poing il y a plus de dix ans. J'en ai longtemps fait circuler une cassette pirate alors qu'il était indisponible en Belgique. Je l'ai aimé, Dieu seul sait pourquoi. Peut-être parce qu'il ne se contentait pas du "la drogue c'est mal" habituel. Peut-être parce qu'il ne présentait les toxicomanes ni comme des salauds, ni comme des victimes, mais comme des êtres humains. Des êtres humains déchus, mais humains quand même. Humains par dessus tout. Responsables de ce qui leur arrivait, mais avec circonstances atténuantes. Ce film, je l'ai aimé "avant". Alors que je ne "savait" pas.

Et puis...

Et puis, j'ai été "là où j'étais". Perdue moi-même, j'y ai rencontré des enfants perdus. Des enfants perdus semblables à ceux du livre de Jim Carroll. Des enfants perdus semblables à ceux du film de Scott Kalvert. Des enfants perdus dont j'ai reçu l'histoire comme un coup de poing. Et que j'ai appris à aimer malgré leur déchéance. A aimer dans leur combat, avec leur courage, avec leurs faiblesses aussi. Avec leur humanité, surtout.

Et j'ai revu le film. J'ai revu le film "après".

J'ai revu le film ce soir.

Et je l'ai aimé. Non plus comme je l'aimais "avant". Mais de façon plus douloureuse, plus intime. Plus vraie. Parce que Jim et ses copains de galère me renvoyaient à d'autres garçons. Des garçons de chair et de sang. Des garçons à la jeunesse souillée. Des garçons à la vie si semblable à l'histoire qui se déroulait à l'écran que c'en était presque indécent. Que c'en était indispensable. Je ne voyais plus Jim, ni Pedro, ni Mickey. Je voyais... peu importe leurs prénoms.

Et je remercie Jim d'avoir conté sa jeunesse perdue. Jim Carroll, dont, juste avant d'écrire ce post, je viens d'apprendre la mort récente. Je le remercie pour m'avoir avant tout autre montré ce qu'était un enfant perdu.

Pour m'avoir fait aimer un enfant perdu.

 

 

Commentaires

Pardon, Jim, je t'aime.
Comme j'aime un autre gamin, qui te ressemble. Trop.

Écrit par : lambertine | 04/09/2011

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