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07/12/2009

Saint Nicolas Bonhomme

Conte d'Hiver à Sombreval - Première partie


Saint Nicolas bonhomme

Apportez-moi des pommes

Des pommes et des raisins

Saint Nicolas c’est mon cousin

Des pommes et des raisins

Saint Nicolas c’est mon cousin

Je m’appelle Marie, et j’ai quatorze ans.

Sombreval est un petit village. Un petit village de la campagne ardennaise, blotti au pied de son château. Un très vieux château, transformé depuis peu en hostellerie de luxe. Trop cher à entretenir pour des particuliers, même nobles. Il n’y a plus de Sombreval à Sombreval.

Un petit village blotti autour de son église. Saint-Louis. Pas pour honorer le Roi de France, mais notre saint local. Un enfant du village qui devait vivre sous Godefroid de Bouillon. Ou sous Charles le Téméraire. Enfin, dans ses eaux-là. Enfin, ici. Il y a bien longtemps.

On dit que Saint-Louis faisait des miracles. De son vivant. Ou après sa mort. Enfin, c’est ce que croyaient les gens, dans l’ancien temps. Comme ils croyaient aux sorcières. Aux nutons. Ou au Diable. Je n’y crois pas, moi. A quoi bon ? Saint-Louis n’a jamais fait de miracles pour moi. Pas plus que les sorcières, les nutons, ou le Diable, d’ailleurs.

Ou Saint-Nicolas.

Je m’appelle Marie, et j’ai quatorze ans. Je suis élève en deuxième rénové. A l’Ecole Notre-Dame. A Saint-Hubert. Une heure de bus, mais je n’ai pas le choix. Sombreval est un village paumé. Un village de la campagne ardennaise. Où je vis avec mon père, chauffeur routier. Où je vis avec ma sœur, Ondine, cinq ans. Où je vis sans ma mère, depuis trois ans. Ma mère qui nous a quittés. Quittés pour quoi, quittés pour où, je n’en sais rien. Quittés pour qui ? Un homme, sans doute. Mais peu importe.

Je m’appelle Marie, et j’ai quatorze ans. Après l’école, je fais le ménage. La lessive. La cuisine. Je m’occupe de ma sœur. Je ne suis pas sa mère. Je lui tiens lieu de mère. Elle a cinq ans. Elle ne sait pas. Pour elle, c’est normal. De vivre sans maman à la maison. De passer la nuit sans papa à la maison. Pour elle, c’est normal, mais pas pour moi. Moi, j’ai peur.

Je n’ai pas peur de la nuit. Je n’ai pas peur des voleurs. Je n’ai pas peur des pédophiles, dont la télé parle tant. Je ne crains pas les loups. Ni le froid. Ni le Diable. Mais j’ai peur.

J’ai peur des services sociaux.

J’ai peur qu’on me prenne Ondine.

On ne laisse pas un enfant à une adolescente.

Ondine n’a pas peur, elle. Ondine a cinq ans, et la vie lui sourit. Elle rit, elle joue, elle chante.

« Saint Nicolas Bonhomme ».

Elle a passé sa commande au grand Saint. Lui a fait un beau dessin. A allumé un cierge à Saint-Louis, pour augmenter ses chances d’avoir son cadeau. Et laissé un plat de nic-nac pour les Nutons. On ne sait jamais. Les intercesseurs peuvent être efficaces. C’est ce que croit Ondine. Mais elle sera déçue.

Elle veut un petit frère.

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