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28/01/2010

Reductio ad Dutrouxum

Du point Godwin de la chronique judiciaire, et des réactions qu'il entraîne


Ce billet est un billet coup de gueule. Un billet "en réaction" de l'article qui faisait hier la "une" de La Libre, et du courrier des internautes qui a suivi.

Dutroux. Encore Dutroux. Toujours Dutroux. Comme tout un chacun, le personnage me dégûte et m'agace. Comme tout un chacun, je suis irritée de voir ses états d'âme à la une d'un quotidien national. Et pourtant, comme tout un chacun, je lis les articles qui le mettent en scène.

Je ne suis pas meilleure qu'une autre.

Dutroux attire. Dutroux fascine. On peut se demander pourquoi. Je peux me demander pourquoi. Parce que ce qu'il a fait a atteint les limites de l'horreur ? Ou parce que la mise en scène, et de cette horreur, et des évènements qui l'ont suivi a atteint les limites de l'indécence ? Parce que Dutroux est un monstre ? Ou parce que les circonstances en ont fait l'archétype du monstre ? Parce que Dutroux fait peur ? Ou parce que Dutroux représente la quintescence de ce qui nous fait peur ?

Dutroux est-il encore un homme, ou n'est-il plus qu'un symbole ? Je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse, bien que l'homme soit toujours en vie dans sa cellule. Dutroux, ce n'est pas seulement l'assassins des "petites". Ce n'est pas seulement un proxénète, un dealer, un trafiquant, un violeur. Il est le croquemitaine, le vampire, le loup-garou. Le loup tout court. Celui qui guette les Petits Chaperons Rouges dans la forêt. Il est celui qui a hanté les cauchemars de milliers d'enfants. Il est celui qui cristallise nos haines. Il est celui que nous ne deviendrons jamais. Le repoussoir absolu. La Terreur à moustaches.

Il est la Mort personnifiée.

Je n'aime pas voir Dutroux à la Une des journaux. Même si je lis les articles qui le concernent. Même si j'y réagis. Je n'aime pas qu'on parle de Dutroux parce qu'il est devenu un archétype, tout en étant réel. Parce que je vois trop souvent se substituer cet archétype aux multiples cas, aux multiples personnes qui ont franchi la barrière et sont entrées dans l'illégalité. Or, l'immense majorité des prisonniers ne sont pas des "Dutroux" mais des personnes qui, certes ont fait des bêtises, mais ne peuvent pas être réduites à ces bêtises. Certains d'entre eux, bon an mal an, ont d'ailleurs causé moins de dégâts que bien des "honnêtes gens".

Et puis, Dutroux est un leurre. Un arbre qui cache la forêt. le danger est rarement là où on l'imagine. La grande majorité des assassins s'en prennent à leurs proches, et ces proches sont rarement sans reproches. L'immense majorité des pédophiles choisissent, quand ils les choisissent, leurs victimes dans le cercle familial. La plupart des violeurs ne tueront jamais personne. Si Dutroux est un assassin, un pédophile, un violeur, la plupart des assassins, des pédophiles, des violeurs ne lui ressemblent pas.

Et nos enfants courent plus de risques de se tuer en traversant la rue ou en jouant à la balançoire que de mourir sous les coups d'un Dutroux. Ils risquent plus de se suicider parce que nous n'avons pas réussi à les comprendre que de se faire égorger par un prédateur.

Ils risquent plus de mourir des dangers de la vie quotidienne que de la main d'un monstre.

Finalement, la peur du Croquemitaine n'est-elle pas là pour nous rassurer ?

11:19 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coup de gueule

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