Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/01/2010

L'expérience de Stanford

L’expérience de Stanford est une étude de psychologie expérimentale sur les effets de la situation carcérale. Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement de personnes ordinaires dans un tel contexte et eut pour effet de montrer que c'était la situation plutôt que la personnalité des participants qui était à l'origine de comportements parfois à l'opposé des valeurs professées par les participants avant le début de l'étude.


Donnez une parcelle d’autorité à un imbécile et vous en ferez un tyran. Un mini-tyran peut-être, mais un tyran quand même. Mais si ce n’était que ça, ce ne serait pas trop grave en soi (hors les histoires personnelles qui sont toujours graves, ou du moins fortement dérangeantes, humiliantes, pour les victimes).

Une expérience personnelle particulière m’a montré, hélas, que si vous donnez un soupçon d’autorité à un brave type (ou à une brave femme d’ailleurs) vous risquez fort de le transformer également en tyran. Et ça, ça commence à me déranger beaucoup plus.

J’ai été l’an dernier en cure de désintox (oui, je sais, je ne suis pas quelqu’un de fréquentable). Six mois et demi dans un Centre dont je tairai le nom ici. Bref, six mois et demi de vie communautaire en compagnie de personnes de tous âges (de 20 à 67 ans) et de toutes conditions (du SDF au très haut fonctionnaire européen et au politicien de haut vol).

Nous, les Résidents, étions répartis en équipe, chacune dirigée par l’un des nôtres, dénommé “coordinateur”, chargé d’assister l’Equipe (psychologues et éducateurs spécialisés, dont l’attitude n’est pas le sujet de ce post… quoique…), d’évaluer ses “ouailles”, de dénoncer les manquements au règlement, de décider des sanctions etc… J’ai été plus qu’horrifiée, peinée, blessée, par le changement que cette “nomination” engendrait chez les “promus” : le type sympa se muait rapidement en personne hautaine, imbue de son “importance”, de son “autorité” et prête à dénoncer n’importe quoi, à demander des sanctions “exemplaires”, à juger sans la moindre empathie.

J'ai vu aussi l'immense majorité des Résidents accepter, sans la remettre un tant soit peu en cause, l'autorité de ces "Primii inter Pares". Même quand elle était à l'origine d'injustices flagrantes, dont les conséquenses ont parfois été très graves.

Je sais : je parle ici d’alcooliques et de toxicomanes, donc de personnes plus faibles que la moyenne. Les personnes "de l'extérieur", psychologiquement stables, devraient réagir de façon plus mesurée. Malheureusement, je ne le crois pas : dans la vraie vie aussi, l'autorité, le pouvoir, entraîne souvent le mépris et l'abus, et la situation de faiblesse un comportement de soumission. Et j'avoue ne pas savoir quoi faire contre ça.

( En réaction à : http://moreas.blog.lemonde.fr/2010/01/29/scenes-de-maltraitance-ordinaire/)

Commentaires

Peut-être avez-vous vu le film d'Henri Verneuil, "I comme Icare" avec Yves Montand dans le premier rôle. On y trouve une très longue scène (plus de 20 minutes) qui montre de quelle façon un individu peut en torturer un autre, à la seule condition que le pouvoir qui lui est ainsi donné sur autrui émane d'une autorité légitime, ou qu'il regarde comme légitime.

Rien d'étonnant dans ce que vous décrivez. Au fond, ceux qui ont été victimes d'une addiction quelconque et qui sont, par construction ou par expérience, un peu moins solides(?) que les autres(?), peuvent également être(?) ceux à qui la délégation de pouvoir semble le plus de nature à libérer des forces de compensation pas toujours très belles à voir. Au fond, cela pose le grave problème du mal, LE mal, qui pose un gros problème à l'être humain depuis la nuit des temps, et qui est aussi source d'inspiration (ce soir, sur M6, on en verra une fort intéressante manifestation cinématographique) pour la pensée philosophique et l'expression artistique.


PS. Du temps où je faisais activement de la politique, je rêvais tout haut d'être ministre de l'intérieur (ministre de la police, plus précisément), en précisant aussitôt qu'il fallait à tout prix m'empêcher de réaliser ce rêve, pour la paix et la tranquillité de mes contemporains ! J'aurais certainement fait, avec les pouvoirs qui vous sont accessibles de cette façon, un épouvantable tyran... Dieu merci, il y a aussi la lettre aux Corinthiens, chapitre 13, et cette fois c'est de nouveau du cinéma ("Trois couleurs, Bleu", de Krzysztof Kieslowski).

Faites de beaux rêves.

Écrit par : Régis Hulot | 08/02/2010

Merci, Régis.

Oui, j'ai vu le film, et je crois que les deux expériences, si elles ne sont pas identiques, se complètent. Comment réagissons nous face aux ordres de l'autorité ? Comment réagissons- nous quand nous sommes l'autorité ?
L'autorité a-t-elle raison simplement parce qu'elle est l'autorité ?

J'ai parlé ce week-end à un ami très proche de la situation particulière du Centre et de ses Résidents. L'Autorité supérieure y est représentée par l'Equipe (avec un grand E)soignante, et l'Equipe y est composée de personnes qui ne sont pas "tombés", qui n'ont pas "fauté", qui représentent non seulement l'Autorité, mais la norme sociale que chacun des patients désire retrouver plus que tout. L'Equipe a raison parce qu'elle est composée d'abstinents (ou du moins de personnes qui n'ont pas de problèmes d'addiction) et elle a raison, elle est légitime pour ça aux yeux de la majorité des (futurs ex) toxicomanes.

Écrit par : lambertine | 10/02/2010

Les commentaires sont fermés.