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14/03/2010

C'est beau, la vie

Jean Ferrat est mort


Le vent dans tes cheveux blonds
Le soleil à l'horizon
Quelques mots d'une chanson
Que c'est beau, c'est beau la vie

Bizarre, sans doute, d'intituler un hommage mortuaire "C'est beau, la vie". Bizarre aussi de ma part d'écrire un hommage mortuaire. Je n'aime pas les hommages mortuaires. Mais comme j'aurais pu écrire cet article du vivant de Ferrat, je ne vois pas pourquoi me gêner.

Un oiseau qui fait la roue
Sur un arbre déjà roux
Et son cri par dessus tout
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Depuis hier, depuis le moment où j'ai lu sur mon écran la mort de Jean Ferrat, cette chanson me trotte en tête. Et j'ai la réponse à la question que mon fils me posait le matin même. "Si tu avais pu écrire une chanson, une seule, laquelle aurais-tu écrit ?". la réponse est "C'est beau, la vie". Même si ma vie n'a pas toujours été belle. Surtout si ma vie n'a pas toujours été belle. Je vous défie d'imaginer l'effet que peut faire cette chanson, interprétée par un polytoxicomane dont les chances de guérison étaient proche de zéro, sur une femme dépressive et ruinée, dans un centre de désintoxication. Un rayon de soleil au coeur des ténèbres.

Tout ce qui tremble et palpite
Tout ce qui lutte et se bat
Tout ce que j'ai cru trop vite
A jamais perdu pour moi

Jean Ferrat était communiste. Il ne l'a jamais caché, et les textes les plus engagés voisinaient dans son répertoire avec les chansons d'amour les plus vraies. Celles-ci me touchent, par la force même qu'elles dégagent. Celles-là aussi. Et pourtant, je ne suis pas communiste. Et pourtant, je n'ai jamais été communiste. J'ai même été, dans ma jeunesse, à l'autre extrême de l'éventail politique, et philosophique, Catholique traditionnaliste et ultralibérale conservatrice - si, si, c'est possible, même si ce n'est pas malin. Mais même à cette époque, j'aimais et Ferrat, et ses textes.

Pouvoir encore regarder
Pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Je ne prétendrai pas que la beauté d'un texte, ni même celle d'une musique, est indépendante des idées qu'il véhicule. Je ne prétendrai pas que les chansons de Jean Ferrat sont belles indépendamment du fait qu'elles véhiculent des idées de gauche. C'est faux. Elles sont belles parce qu'elles véhiculent ces idées. Elles sont belles parce qu'elles sont engagées, parce qu'elles sont généreuses, et fortes. Elles sont belles dans leur idéalisme, même si cet idéalisme peut nous paraître faux, ou dangereux. C'est cet engagement qui leur épargne la mièvrerie habituelle des chansons d'amour. C'est cet engagement qui les rend vraies.

Le jazz ouvert dans la nuit
Sa trompette qui nous suit
Dans une rue de Paris
Que c'est beau, c'est beau la vie.

La voix de Jean Ferrat nous suit, elle aussi. Belle, tout simplement dans sa virilité. Belle, et forte. Belle, et douce. Elle continuera a nous suivre dans la lumière, après que lui soit entré dans la nuit. Ou ait rejoint un Paradis auquel il ne croyait pas. Partageant par-delà la mort, non plus sa jeunesse, mais bien ses idées, et son humanité.

La rouge fleur éclatée
D'un néon qui fait trembler
Nos deux ombres étonnées
Que c'est beau, c'est beau la vie.

R.I.P., Monsieur.

Tout ce que j'ai failli perdre
Tout ce qui m'est redonné
Aujourd'hui me monte aux lèvres
En cette fin de journée

Pouvoir encore partager
Ma jeunesse, mes idées
Avec l'amour retrouvé
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Pouvoir encore te parler
Pouvoir encore t'embrasser
Te le dire et le chanter
Oui c'est beau, c'est beau la vie.

09:24 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hommage

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