Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/03/2010

L'Ile du Diable

Voyage au bout de la folie


Shutter Island, de Martin Scorsese, peut apparaître, au début, comme un thriller. Il peut même être considéré comme un "thriller à twist". Mais le regarder comme un thriller à twist lui fait perdre, selon moi, l'essentiel de sa saveur. Pour moi, Shutter Island est un bon film, est même un grand film (mais pas un "beau" film, faut pas charrier...). Bien réalisé, bien interprété, il est un voyage au bout de la folie, autant qu'une réflexion sur la culpabilité. Sur la culpabilité du "héros", comme sur la culpabilité du monde.

En 1954, la psychiatrie n'était pas celle d'aujourd'hui, et la lobotomie avait les faveurs d'une bonne partie du corps médical. En 1954 aussi, l'horreur de la guerre et des camps n'était pas très éloignée dans le temps, et bien des hommes l'avaient vue de près. En 1954, la Guerre froide faisait rage, et une paranoïa certaine l'accompagnait. Voilà pour le contexte. Le décor : un hôpital psychiatrique pour patients dangereux (nous dirions ici et maintenant un "établissement de Défense Sociale") sur une île isolée, au large des Etats-Unis. Le héros : un policier venant enquêter sur la disparition aussi mystérieuse qu'inquiétante d'une infanticide démente. Sauf que...

Sauf que le héros suspecte les médecins de l'hôpital de se livrer à des expériences sur les patients. Sauf qu'aucune patiente n'a disparu. Sauf que l'intrigue initiale n'est qu'un jeu de rôle thérapeutique.

Parce que le héros, s'il est bien policier, est également fou à lier. Fou de remords, et de culpabilité, jusqu'à nier qui il est. Jusqu'à nier ce qu'il est. Jusqu'à nier ce qu'il a fait. Jusqu'à nier, surtout, ce qu'il a laissé faire. Dans son cerveau malade, le souvenir de son enfant morte se confond avec celui d'une victime de Dachau. Gustave Malher évoque le suicide raté d'un officier SS qu'il laisse agoniser dans les pires souffrances. Le meurtrier de sa femme (lui-même) est un autre qui porte son nom. Dans son cerveau malade, sa femme n'a pas assassiné ses enfants, avant qu'il ne la tue. Dans le rôle de ce fou, de cet homme malade, de cet homme brisé, violent, désespéré, bouleversant, Leonardo DiCaprio, magistral, fait ce qu'il sait faire de mieux : interpréter la démence, le chagrin, l'humanité d'un homme perdu. Face à lui, Ben Kingsley, médecin humaniste, mais tout en ambiguïté, tente de ramener à lui-même celui qui ne veut plus être lui.

J'aime rarement la folie à l'écran. Je l'ai connue de trop près, et la trouve souvent caricaturale. Elle ne l'est pas ici, même si elle est extrême. Elle est vraie. Aussi atroce et dure que les évènements qui l'ont fait naître. Paradoxalement, aussi, elle est ce qui permet au héros de survivre.

La seule chose qui lui permet de survivre.

Hélas...

 

13:27 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, coup de coeur

Les commentaires sont fermés.