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24/03/2010

Tous les Français n'avaient pas un coeur de pierre

Encore les Juifs ? Encore les Juifs. Oui. Et alors ?


Je n'avais pas très envie d'aller voir La Rafle, de Rose Bosch. Peut-être parce que j'en connaissais plus ou moins l'histoire. Peut-être parce que je me disais que, non, je n'avais pas besoin d'un film pour me rappeler cet évènement trop sombre, trop horrible, trop inhumain. Peut-être parce que le monde actuel est assez déprimant comme ça, pour ne pas en rajouter dans ma tête avec les horreurs du passé. Et puis... Et puis, j'ai suivi ma mère, et je ne regrette pas.

Pas parce que La Rafle est un grand moment de cinéma. Non. C'est un film de facture plutôt classique, bien tourné, mais sans plus. Mais parce qu'il parle de ce dont il parle. D'un évènement historique que la mémoire a voulu escamoter sans pourtant y parvenir. De la compromission sordide des vaincus avec un ennemi trop puissant. Car les coupables, dans La Rafle, ne sont pas en priorité les Allemands, même s'ils sont les donneurs d'ordre. Les vrais coupables, par lâcheté, par indifférence, par ignorance, mais aussi parfois, hélas, par conviction, ce sont les autorités françaises. Les autorités françaises à tous les niveaux, du Chef de l'Etat au gardien - ironie - de la Paix.

La France regarde trop rarement son Histoire en face. Elle balance trop souvent entre une culpabilité exacerbée et malsaine, et une autohagiographie agaçante. Contrairement aux Américains (que l'on aime ou pas, là n'est pas la question), le Français, au cinéma, ont difficile à faire la part des choses, à commettre des films à peu près objectifs sur des sujets historiques controversés. Rose Bosh, avec La Rafle, réussit ce défi. Les coupables y sont bien coupables. Même Français. Surtout Français.

Mais les justes ne sont pas ignorés. Pas seulement les Justes avec un grand J. Ceux qui ont risqué quotidiennement leur vie pour en sauver d'autres, juives. Les justes tout court. Ceux qui ont, simplement, détourné la tête à la vue d'un ausweiss trafiqué, ou tenté d'avertir maladroitement leurs voisins d'un danger imminent. Ceux qui, en se taisant, alors que d'autres dénonçaient, ont permi à 75% des juifs de France de survivre, alors que nous en sauvions bien moins.

La Rafle n'est pas un "beau" film. Mais c'est un film touchant, émouvant. Et dérangeant. Un bel hommage à ceux qui sont partis à jamais, dans le brouillard et la nuit.

 

 

 

15:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, histoire, guerre

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