Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

27/03/2010

Liberté d'expression ?

Procès d'intention ? Oui, et j'assume.


Il y a quelques jours, Mr. Eric Zemmour, grand polémiste devant l'Eternel, déclarait au cours d'un débat houleux "dirigé" par Mr. Ardisson, que "la majorité des trafiquants sont Arabes ou Noirs, c'est un fait", afin de justifier les multiples contrôles au faciès dont sont victimes les résidents français originaires d'Afrique. Scandale, plaintes, polémique, lettre d'explication, buzz internet hors du commun. Buzz dans lequel je me fais prendre, moi aussi. Nul n'est parfait.

Mr. Zemmour a-t-il raison sur le fond ? Il est indéniable que les prisons sont pleines à ras bord d'individus dont les origines se perdent outre-Méditerrannée. Il est indéniable aussi que la plupart des revendeurs de shit à la sauvette, que l'on peut croiser dans les rues des cités-dortoirs n'ont pas le type caucasien. Maintenant, on peut se poser quelques questions : qu'est-ce qui pousse ces jeunes gens à sombrer dans la délinquance ? Quelle est la proportion de ces jeunes gens parmi les trafiquants dans leur globalité ? Quel rapport entre le trafic (de drogue, je suppose) et les contrôles d'identité ?

Le contrôle d'identité permet d'aller à la pêche au délinquant, au pifomètre comme disent les policiers. A l'instinct. Soit. Il est évident que, de temps à autre, il permet de retrouver une personne recherchée. Il peut arriver aussi que, par hasard, il soit à l'origine de la "remontée d'une filière". Chaque semaine, des chanceux gagnent au Loto. Mais imaginer que c'est de cette manière, même lorsqu'elle est utilisée de façon non-vexatoire, que la police peut lutter efficacement contre le narcotrafic, c'est du n'importe quoi, et, en le sous-entendant, Mr. Zemmour prend son public pour des imbéciles. Les seules personnes que la police arrête de cette façon, ce sont des consommateurs qui rentrent chez eux avec leur barrette en poche. A la limite, des dealers de base tout aussi et souvent bien plus intoxiqués que leurs clients. Et la police n'a d'ailleurs pas besoin de ces contrôles pour leur "tomber dessus". Les endroits de deal sont connus, et en Belgique, et en France. C'est là qu'il faut frapper, si la "lutte contre la toxicomanie" est une priorité de la police. Pas en faisant bêtement (?) des contrôles d'identité n'importe où. Un peu d'honnêteté consisterait à avouer qu'elles ont pour but, outre les vexations quotidiennes d'une part non-négligeable de la population, la recherche de clandestins expulsables.

La plupart des dealers de rues sont effectivement d'origine africaine (au sens large). Mais le deal de rue ne couvre qu'une partie de la vente de stupéfiants. La partie émergée de l'iceberg. L'autre, la plus importante, se passe dans les appartements, dans les soirées et dans les discothèques. dans les quartiers riches comme dans les quartiers pauvres. Elle fait des dégâts, plus sans doute que la revente à la sauvette, mais cause moins de troubles directs à l'ordre public. Elle dérange moins. On la vois moins. Et, par là, elle est moins poursuivie, et alimente moins les cours et tribunaux, et encore moins les prisons. Le dealer de coke fils de notaire risque moins que le dealer de beuh fils de chômeur. Et lui, il ne risque aucunement de tomber après un contrôle au faciès. Il ne sera tout bonnement jamais contrôlé.

Je ne reviendrai pas sur les causes profondes de la délinquance liées à la misère et à la ségrégation. Elles sont là. Elles existent depuis la nuit des temps. Dans certaines situations, pour ne pas sombrer, il faut énormémént de courage, ou énormémént de résignation. Et les héros ont toujours été minoritaires. Les gens qui acceptent leur sort, les "pauvres honnêtes", eux, sont ceux qui subissent les vexations quotidiennes.

Voilà pour le fond. Maintenant, quid de la liberté d'expression ? Soyons sérieux deux minutes: Mr. Zemmour s'exprime toutes les semaines dans un programme très populaire. Il y défend, de manière agressive (et souvent jubilatoire, je le reconnais) les idées d'une droite nostalgique et "décomplexée". Les mêmes idées que celles exprimées dans les phrases qui ont fait scandale. Il les défend parce qu'il est payé pour ça. Pour faire polémique. Pour faire scandale. Il est payé pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout haut. Sa liberté d'expression, il l'use, il la réuse, à lonqueur d'émission, au point que sa trame est visible à tout un chacun qui veut bien regarder. Il n'a pas "dérapé". Il est resté, avec cette phrase, fidèle à ce qu'il dit, et redit, chaque fois qu'on lui donne la parole. Et cette parole, personne, que je sache, ne la lui a ôtée. Je ne le prend pas pour un imbécile, bien au contraire. Et, oui, je suis certaine que ce qu'il a voulu induire auprès du public, c'est que, non seulement la plupart des délinquants sont des Africains d'origine, mais que la plupart de ceux-ci sont des délinquants, que la police a donc raison de s'en méfier, et que donc, nous devons nous en méfier nous-mêmes. Procès d'intention de ma part ? Oui. Je le reconnais. Mais procès d'intention qui se base non sur deux phrases, mais sur toute une carrière de journaliste polémiste, fort talentueux, au demeurant.

 

 

 

10:43 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : télévision

Commentaires

Si on analyse les statistiques, on peut avoir deux niveaux de lectures :

Niveau basique :
Il y a effectivement une corrélation statistique entre l'origine et la déliquance.

Niveau plus fin :
Il y a une corrélation statistique forte entre le niveau socio-économique et la délinquance.

Autrement dit, il y a plus d'étrangers en prison que leur proportion dans la population. Mais si on regarde uniquement les catégories socio-économiques défavorisées, la proportion est respectée. L'erreur est de croire qu'une corrélation statistique indique toujours un lien de cause à effet direct.

Ce n'est pas l'origine ethnique qui cause la délinquance mais le niveau économique. Or, ce dernier est corrélé à l'origine ethnique. On voit donc une liaison mais il n'y a pas de cause à effet direct.

C'est comme pour les prénoms. Les "Kevin" échouent plus souvent que les "Pierre-Alexandre". Appeler son fils "Kevin" le rendrait-il con ? Ce n'est pas le prénom qui fait l'enfant, mais les parents qui choisissent le prénom et éduquent l'enfant. Une seule cause, les parents, donne deux effets, éducation et prénom, qui sont corrélés sans que l'un soit la cause de l'autre.

Écrit par : Le Sanglier | 30/03/2010

Réponse :

Les employeurs ont d'ailleurs la propension à engager plus facilement un "Pierre-Alexandre" qu'un Kevin.

Écrit par : lambertine | 06/04/2010

Les commentaires sont fermés.