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19/04/2010

Les cheveux, ça repousse

" Moi, petite fille de 13 ans"


Et moi, quel age avais-je ? Je ne sais plus. Seize ans, peut être. Ou vingt. J'étais jeune, en tout cas. Qui était cet homme, qui témoignait ? Je ne le sais plus. Je ne l'ai jamais su, je crois. Un latino américain. Cubain ? Ou chilien ? Un opposant. Au communisme ? Au fascisme ultralibéral ? Je l'ignore. Un homme, tout simplement, torturé par d'autres hommes, et qui racontait. Et je restais de marbre.Il parlait de coups. de gégène? De sang. Et ça ne me touchait pas. Il parlait posément, comme d'un autre, et je restais indifférente. Jusqu'au moment où est sortie sa colère. Où il a montré sa révolte. Pas en parlant de la douleur. Mais en parlant de l'humiliation. "Ils" lui avaient pissé dessus. "Ils" l'avaient traîte, non comme un ennemi, mais comme moins qu'une bête. Et c'était pire que les coups. Pire que la gégène. Pire que le sang. Ils lui avaient pissé dessus, et sa révolte face à l'humiliation était devenue mienne. J'ai lu, j'ai entendu depuis, bien des récits atroces, mais cet homme dont j'ignore le nom, je ne l'oublierai jamais.

J'ai repensé à lui la semaine dernière, en écoutant Mme Simone Lagrange raconter sa déportation. Raconter la faim, le froid, la trahison. Raconter la mort de sa mère et celle d'un nouveau-né. Raconter les gifles de Klaus Barbie et les tortures du "docteur" Mengele. Raconter la crasse et la promiscuité. Mais surtout raconter sa révolte, intacte 65 ans après les faits. Révolte face à une institutrice antisémite, révolte face au tatoueur de matricule, révolte face au commandant d'Auschwitz, révolte face à l'homme qui lui tondait ses longs cheveux pour lui ôtre son humanité. Révolte qui l'a maintenue en vie dans les camps, et après.

Simone kadosh avait de longs cheveux. Mme Lagrange les a portés courts, sentant toujours la tondeuse sur son crâne. Mais elle restée debout. En vers et contre tous. Envers et contre tout.

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