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29/04/2010

Parfaites ?

La féministe, les Mamans Nature et la démographie


Il n'y a pas si longtemps, quesques décennies tout au plus, les femmes n'avaient pas le choix de leur maternité : lorsque l'enfant paraissait, il fallait bien l'accepter (l'inverse était tout aussi vrai : un couple stérile n'avait pas d'autre choix que d'accepter sa stérilité). Oh, certes, il existait des faiseuses d'anges, et les infanticides n'étaient pas rares. Mais, la plupart du temps, l'enfant était accepté bien plus que désiré, et sûrement pas "choisi". Les temps ont changé. La contraception d'un côté, la procréation médicalement assistée de l'autre, rendent l'adage "un enfant comme je veux, quand je veux" de plus en plus vrai. L'enfant n'est plus accepté, il est voulu, et même, si j'ose dire "choisi", de par la légalisation (officiellement dépénalisation, mais un acte remboursé par la sécurité sociale est pour moi bien plus que dépénalisé) de l'avortement et de l'IMG. Une des conséquences de cette possibilité de choix est, selon Elisabeth Badinter le sentiment de responsabilité accru des mères vis à vis de cet enfant qui n'est plus le fruit du hasard : il est là parce que, et uniquement parce qu'elles l'ont voulu, elles se doivent donc d'être des mères exemplaires. De lui donner ce qu'il y a de mieux. En même temps, la société exige d'elles d'être des travailleuses tout aussi parfaites, et de s'épanouir personnellement dans leur profession comme dans leur vie sexuelle. D'où Le conflit inévitable entre La femme et la Mère.

Certaines femmes refusent ce conflit, et tranchent. Soit en faveur le "la femme", soit en faveur de "la Mère". Ce qui, selon l'auteur, n'est pas une bonne chose, ni pour le féminisme, ni pour la démographie. Et si ces femmes sont obligées de trancher, c'est essentiellement en raison de la survalorisation du rôle de la mère, et des excès qui lui sont demandés : allaitement à la demande, attention de tous les instants, pédagogie parfaite, devoir d'être un cordon bleu écolo etc... La crainte d'être une mauvaise mère, et les sacrifices qu'impose l'éducation et l'épanouissement de l'enfant font peur à de nombreuses femmes, les rebutent, et sont une des premières raisons, sinon la première, qui leur font refuser la maternité. D'autres femmes, elles, font le choix inverse, sacrifient leur carrière à la maternité, et se complaisent dans leur rôle de mère "animale", ne vivant plus qu'en fonction de leurs chers bambins.

Madame Badinter n'aime pas beaucoup les mères de la deuxième catégorie. Ou plutôt, la pression sociale qui, selon elle, les pousserait à en faire partie. Qu'il s'agisse de "retour au foyer", d'allaitement de longue durée, d'accouchement non-médicalisé, de cododotage, le choix de ces femmes serait dû à, ou fortement influencé par, la société des hommes qui tenterait de conserver à ceux-ci leurs privilèges, ainsi qu'aux tendances "naturalistes" hors desquelles point de salut. Selon elle, il faudrait, pour "faire bien" être une "maman nature".

Or, des "mamans nature", j'en ai quelques unes dans mon entourage. Et je ne les reconnais pas du tout dans le portrait qu'en fait Madame Badinter. Outre le fait que certaines travaillent à temps plein, les pressions qu'elles subissent vont souvent dans l'autre sens. Une mère qui élève son enfant en couches lavable cherche du travail inutile, un enfant allaité après six mois ne peut pas acquérir son autonomie, le cododo brise les ménages et fait des enfants gâtés, accoucher sans péridurale est masochiste. Ca, c'est ce que j'entends, ce que ma fille entend, ce que mes amies entendent tous les jours.

Alors, madame Badinter a-t-elle tort ? Le mouvement des Mamans Nature existe bien (et certaines parmi elles sont effectivement très radicales), mais il est loin d'avoir l'influence que lui prète la féministe. Et pourtant, je peux comprendre sa réaction (qui sur certains points n'est pas loin de la mienne). C'est difficile pur une femme qui a considéré comme une bénédiction l'arrivée sur le marché des couches jetables (laver les tétras à la main était une vraie corvée), du lait maternisé (non, toutes les femmes ne peuvent pas allaiter) et de l'anesthésie péridurale (accoucher, ça fait mal !) de voir que ses petites-filles, ou une partie d'entre elles, jettent, ou paraissent jeter, ces progrès aux orties. Le problème, selon moi, est qu'elle se sent assiégée, en danger, alors qu'elle ne le devrait pas. Ces progrès continuent à perdurer, mais s'y sont ajoutés d'autres progrès, et d'autres découvertes, qui font que certaines corvées du passé n'en sont plus (les machines à laver sont présentes dans les foyers, et les couches lavables ne ressemblent plus aux tétras) et que certains évènements sont vécus autrement (un accouchement en maison de naissance permet à la parturiente de choisir son confort personnel).

Entre la féministe et les mamans nature, il y a surtout un grand fossé de générations.

 

 

 

 

12:23 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : livres, société

Commentaires

Conflit entre la mère et "la femme"? Ou entre la mère et "une certaine idée" de la femme?

Ailleurs, sur Terre, quelque part loin d'ici, on n'est vraiment une femme que si l'on est mère. L'autre extrème.

Elles n'ont pas encore vraiment le choix, les femmes. Enfin, pas toutes les femmes.

(Bisous, Lamberte) (Willendorf Power!)

Écrit par : Melilot | 29/04/2010

Tout autant gênée lors de la polémique, d'autant que je me sens féministe quelque part (mais équilibrée, pas virago)... En France, on a vraiment de la chance avec tout ce qui est mis en place, au niveau de l'Etat, pour faciliter la conciliation entre vie familiale/boulot (même si c'est perfectible et cie, mais quand même, faut reconnaître, on a de la chance). ça nous donne des possibilités que les femmes dont parle Lilotte (bisous ;) ) n'ont pas...

Je n'aurais pas aimé naître ailleurs qu'ici :/

Écrit par : Laegalad | 30/04/2010

E Badinter n'a pas tort lorsqu'elle parle de la pression sociale en faveur du "maternage naturel" : on ne peut plus ouvrir un forum internet sur la maternité , la puériculture ou l'éducation (car le "retour à la nature" est vécu chez certaines comme une contestation de l'éducation traditionnelle, de l'école, voire de la société toute entière) sans que des militantes viennent faire leur prosélytisme pro allaitement long, co dodo, portage, jamais de baby sitter, couches lavables etc; Là où elle se trompe, c'est lorsqu'elle pense que seules les femmes adhèrent à ce mode de vie : il y a une recrudescence de papas "écolo bobo bios" qui font tout ça avec enthousiasme (à part l'allaitement hein :-) , alors les corvées, ils se les cloquent aussi.
Ce retour à la nature écolo n'est pas non plus anti féministe, puisque les féministes ont toujours revendiqué "mon corps m'appartient" : donc je fais ce que je veux de mes seins, je ne me laisse pas "voler mon accouchement" (c'est ce qu'elles disent) par le corps médical (des méchants qui ne pensent qu'à faire une péridurale pour être tranquilles), c'est un peu le nouveau discours féministe. Et soyons honnêtes, la féministe ayant toujours été un peu "contestataire rebelle", il est logique qu'elle "lutte" contre ce qu'elle croit être le modèle dominant;
Personnellement, n'étant ni écolo ni féministe, je me contente de vivre comme j'ai envie, et Dieu merci je ne suis pas entourée d'extrémistes.

Écrit par : thalyssette | 06/05/2010

Chère Thalyssette,

Je ne nie pas le proselytisme webbien de certaines "mamans natures" militantes. Mais il ne me semble pas que ce mouvement influence la société au point qu'on puisse parler de "pression". Une jeune femme qui voudra accoucher en maison de naissance (ne parlons même pas d'accouchement à domicile !) se verra le plus souvent taxer d'irresponsable, et une adepte des couches lavables sera en général considérée comme "cherchant du travail inutile". C'est différent pour l'allaitement, mais surtout pour l'allaitement "court". Une maman est considérée comme "normale" si elle allaite six mois, et "anormale" si elle allaite deux ans... ou pas du tout.
Par contre, je vous donne entièrement raison en ce qui concerne les "papas nature", souvent très impliqués et dans les travaux ménagers, et dans l'éducation des petits.

Écrit par : lambertine | 13/05/2010

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