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09/05/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 3

Gonzague - Première partie


Je m’appelle Jérémy, j’ai vingt ans, et je suis polytoxicomane. Même si je ne me suis plus drogué depuis que je suis mort. Depuis que j’erre, d’hôpital en hôpital. Un an, ou à peu près. J’ignore pourquoi j’écris ces mots. Personne ne les lira. Dieu y veillera. Dieu, ou l’un de ses Anges. Peu importe. Ca fait du bien , d’écrire, quand on est en sursis.

Les médecins disent de moi que je suis un miraculé. Ils n’ont pas idée d’à quel point je le suis. Ils disent aussi, du moins les croyants parmi eux, que Dieu gaspille ses miracles. Je ne peux pas leur donner tort. Un garçon comme moi ne mérite pas de miracle. Un garçon comme moi ne mérite pas de vivre. Et pourtant, je suis là. En vie. Plus étonnant encore, je suis en bonne santé. Nul virus ne circule dans mes veines de séropositif. Nul virus ne détruit mon foie à nouveau sain. Personne ne peut dire pourquoi. Sauf moi. Qui me croirait ? Personne. Je me tais, donc. Je n’ai d’ailleurs pas envie de parler. Je n’avais pas non plus envie de vivre encore. Je n’ai pas eu le choix, malgré ce qu’Elle m’a dit.

Elle, l’Ange.

Elle s’appelait Elisabeth. Autrefois. Dans une autre vie. Une vie de joueuse, et de prostituée. Au dix-huitième siècle. A Paris. Avant que Dieu la choisisse, comme il m’a choisi, moi. Drogué, voyou, enfant des rues. Et pire encore. Choisi, comme elle, pour être un Ange. Dieu a de drôles d’idées. Je n’ai rien d’un Ange, et tout d’un démon. Je n’ai jamais été quelqu’un de bien. Je ne sais pas ce qu’on attend de moi, ce qu’Il attend de moi.

Ma chambre est petite, mais propre. Je la partage avec un autre garçon, un peu plus vieux que moi. Aux antipodes de moi. Mis à part la drogue, et encore. Deviendrons nous amis ? Nous n’aurions pas pu l’être, autrefois. Avant ma mort. J’aurais sans doute été jaloux. De ses parents. De ses diplômes. De la fortune de sa famille. Du château où il a grandi. Lui, ne m’aurait même pas vu. Les gens comme moi n’existent pas pour les gens comme lui, au dehors, dans la vraie vie. Même s’ils nous jettent une pièce, quelquefois, quand il fait froid.

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