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15/05/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 4

Gonzague - Part 2


Il ne m’en dit pas plus. Mais je vois sa souffrance. Sa faille. Sa véritable faille. Et son unique amour.

Isabelle.

Nous somme une trentaine de malades dans cette Résidence. Toxicomanes, alcooliques. Riches, pauvres. Intellectuels, ouvriers. Croyants ou incroyants. De droite comme de gauche. Un monde en soi. Un concentré de tous les malheurs de la Terre. Un concentré de tous les péchés de la Terre. Un ramassis d’êtres humains. Très humains Trop humains. De Valentine la vieille fille aigrie, à Ophélie la mère désenfantée. De Louis l’ancien légionnaire à Farid le voyou des cités. D’Aurore l’artiste maudite à Nathanaël le hooligan du Kop Boulogne. De Gonzague le polytechnicien à Liliane qui ne sait pas écrire son nom. De Georges qui a soixante-dix ans à moi qui viens d’en avoir vingt. Je les vois, je les ressens, chacun d’entre eux, et tous ensemble. Leurs voix, leurs pensées, leurs craintes font naître dans ma tête une cacophonie qui me déchire le cerveau.

- J’ai mal. Il me font mal.

- Tu ne devrais pas être dans ta chambre.

- Vous ne devriez pas être dans ma chambre.

Et pourquoi pas ? Elle est invisible, sauf à mes yeux, comme seuls le sont les Anges.

- Pourquoi suis-je ici ? Je veux dire, dans cette Résidence ?

- Parce que c’est ici qu’est ta place.

- Je ne sortirai jamais, n’est-ce pas ?

- Tu nous rejoindras, ta tâche terminée.

Je mourrai donc entre ces murs… Ici ou ailleurs, quelle importance. Je m’allonge sur le lit trop étroit, essaie de fermer les yeux. En vain. Il les attire comme un aimant. Un carnet noir qui ne m’appartient pas. Il m’attire, contre mon gré. Et c’est contre mon gré que je l’ouvre. Ou qu’il s’ouvre entre mes mains sur une fragile pensée séchée. Une pensée mauve qui disparaît soudain, comme si elle n’avait jamais été entre ces pages. Qui disparaît, parce qu’elle n’a jamais été entre ces pages. Je lis. Isabelle de Maupin-Valendray. 06 83 65 66 22

Isabelle de Maupin-Valandray.

Isabelle…

Isabelle.

Je referme le carnet noir, le repose à sa place. A sa place, exactement. Je me recouche, et je m’endors. Enfin. D’un sommeil sans rêves. Je ne rêve plus depuis que je suis mort.

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- Jérémy ?

Nous parlons beaucoup, Gonzague et moi. De tout et de rien. De football, de musique et de littérature. Parfois de politique. Souvent d’écologie. Rarement de religion. Presque jamais de nous-mêmes.

- Tu dors ?

- Pas encore.

Il n’allume pas la lumière. La lumière est interdite après la bien nommée extinction des feux.

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