Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

30/05/2010

Rayons de soleil ?

La vie ? Mais à quel prix ?


Il y a quelque 25 ans, alors que j’étais une militante catholique pro-vie, j’ai entendu une personne féliciter une maman parce que son enfant souffrait d’un handicap. Parce que, selon elle, ce handicap était un grâce de Dieu. J'en ai été choquée. Difficile de dire à quel point. Mais je me souviens de la scène (qui se passait au Heyzel, lors d'un Congrès international de la Famille, ou quelque chose du genre) comme si c'était hier. Elle m'a profondément marquée. Choquée. Elle est d'ailleurs en partie à l'origine de ma prise de distance avec les mouvements "pro-life". féliciter une mère, non pas en raison de la naissance de son enfant, mais de la maladie de ce dernier, me semblait, et me semble toujours, profondément inhumain.

J’avoue  que parler du handicap me met très mal à l'aise (bon, je devrais peut-être m'abstenir...). Parce qu'un enfant handicapé peut apporter énormément d’amour. Et que ses parents peuvent énormément l'aimer. Mais il est aussi un enfant qui dans l’immense majorité des cas sera source d’énormément de souffrance, et sans doute d’autant plus de souffrance, d’angoisse, de révolte qu’il sera aimé. Et que cette souffrance, si elle est mise en exergue par les « pro-IMG » est selon moi trop souvent occultée par les anti-IVG. Bien sûr, il est légitime et souhaitable de parler des moments de joie que peuvent apporter les personnes fragiles, mais combien de moments de joie par rapport aux moments de peine ? Les familles qui vivent au quotidien cette situation, du moins celles que j’ai rencontré, passent plus de temps à se battre qu’à être heureuses, hélas… Et tous les enfants handicapés sont loin d’être des « rayons de soleil ». certains le sont, oui. Certains vivent heureux, entourés par des familles aimantes, et peuvent s'épanouir comme des fleurs de printemps, innocentes. Mais combien d'autres sont malheureux, aigris, violents, même. J'ai l'impression en écrivant celà d'énoncer des banalités. Ces situations ne sont pourtant jamais banales, mais douloureuses, dramatiques.

Je reconnais qu'elles pourraient l'être moins si la société, c'est à dire nous, c'est à dire moi, était plus ouverte à l'accueil de ces personnes différentes, fragiles. Et je crains que le recours massif à l'avortement dans le cas de maladies dépistées in-utéro n'aboutisse à long terme à une diminution de l'aide aux patients atteints de ces maladies "dépistables", et à leurs parents : "ils l'ont voulu, ils l'ont, qu'ils se démerdent". Ce serait, selon moi, une régression sociale gravissime. La société civilisée se doit d'aider ses membres les plus fragiles, les plus démunis, pas s'en débarrasser par un tour de passe-passe. mais cette société doit aussi admettre que tous les parents ne sont pas des saints, que bon nombre d'entre eux n'ont pas la force ni l'abnégation suffisantes pour s'occuper à long terme d'un enfant handicapé (qui de plus en plus souvent ne reste pas enfant, mais grandit, devient adulte dans son corps, même s'il reste dépendant), et qu'il est inhumain de les condamner, même moralement,  s'ils sont recours à l'interruption de grossesse.

Je me permets en outre de citer ici un extrait de l'article de Koz, qui est à l'origine de celui-ci : « Allez, par curiosité, regardez autour de vous, dans la rue : voyez-vous des personnes trisomiques ? On en croise encore, de temps en temps, lorsqu’ils ne sont pas dans ces structures malheureusement situées à bonne distance de la bonne société. Mais on en croise de moins en moins. » Ainsi que ma réaction, sur son blog :« Je parle pour moi, puisque vous me demandez de regarder, et peut-être de me souvenir. Des personnes trisomiques, j’en croise régulièrement, dans la rue, et dans le tram. Et ces personnes sont en général « placées » dans ces fameuses « structures » qui ne sont pas que des mouroirs, mais souvent la solution ultime pour bien des familles qui n’en peuvent plus de tenter d’élever leurs enfants handicapés (parce que, oui, la trisomie est, hélas, un handicap) bien qu’ils les aiment. En croisai-je plus ou moins quand j’étais enfant, il y a 40 ans d’ici ? Ni plus, ni moins. Les « mongoliens » mouraient plus jeunes (parfois très jeunes. La trisomie n’induit pas qu’une fragilité mentale, mais aussi physique, notamment cardiaque), et l’ « idiot du village » n’était pas exhibé par sa famille, mais caché. La norme, pour l’enfant anormal, c’était plus l’arrière-cuisine, la cave et les coups que la bienveillance villageoise.» Ce n'était, hélas, pas "mieux avant". Au contraire.

Alors, oui, les personnes vulnérables peuvent nous apporter beaucoup, mais je ne peux accepter que l’on souhaite à quiconque d’avoir la charge de l’une d’entre elles. La maladie d’un proche est d’abord une souffrance, même si cette souffrance peut-être transcendée. Quant à juger de la qualité de leur vie, je devrais sans doute ne pas le faire. Mais je ne peux m'en empêcher. Je ne suis pas une sainte, et le monde est déjà bien rude pour des personnes en bonne santé. Alors, pour des enfants malades...

 

http://www.koztoujours.fr/?p=7827#comment-103733

 

15:14 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

"le monde est déjà bien rude pour des personnes en bonne santé. Alors, pour des enfants malades..."

Mais alors que faut-il faire ? Agir pour que le monde soit moins rude pour les enfants malades, ou en prendre acte et admettre qu'ils soient supprimés ?

[précision : je n'ai évidemment pas souhaité à quelqu'un d'avoir un enfant malade. Mon deuxième paragraphe commence d'ailleurs par "J'ai pas plus envie que ça d'avoir un enfant trisomique, c'est une évidence. ". Je ne dis pas que vous affirmiez que je l'ai dit, mais je préférais le préciser]

Écrit par : koz | 31/05/2010

Mon cher Koz,

Je n'ai pas voulu vous attaquer, loin de là. Et je suis d'accord avec vous : il faudrait, il faut, un monde plus ouvert aux enfants (et aux adultes) handicapés. Si je vous ai cité directement, c'était surtout pour régir, comme je l'ai fait chez vous, à l'idée que, peut-être, le monde d' "avant" était, lui, plus ouvert, plus tolérant, plus généreux. Or, je ne crois pas que ce soit vrai, hélas.

Écrit par : lambertine | 31/05/2010

Les commentaires sont fermés.