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02/06/2010

Colère

Pourquoi je n'ai pas (encore) rechuté...


"Lorsque la drogue a servi à combler le vide créé par le refoulement des sentiments et l'aliénation de soi, la cure de désintoxication fait réapparaître ce vide. Et lorsque la cure de désintoxication ne s'accompagne pas d'une récupération des facultés de vie, on peut s'attendre à des rechutes".  Alice Miller, "C'est pour ton bien"

J'ai passé, l'an dernier, un peu plus de sept mois en désintox. Je n'ai pas replongé depuis. Je ne prétends pas que je ne rechuterai jamais. Je ne suis pas plus forte que ces anciens cocuristes qui ont, eux, plus que rechuté, parfois après une cure que l'on pourrait qualifier d'exemplaire, alors que la mienne fut particulièrement chaotique (c'est même un euphémisme). Je me suis souvent demandé pourquoi. J'ai, certes, de bonnes raisons de ne plus me saoûler régulièrement, à commencer par mes enfants, dont je veux garder la confiance. Mais ils ont, eux aussi, d'excellentes raisons de cesser de se détruire. Et je ne suis pas plus courageuse, pas plus volontaire qu'eux. Au contraire. Bien au contraire. je ne suis pas quelqu'un de particulièrement "bien", et encore moins quelqu'un de "méritant" (méritant quoi, d'ailleurs). Alors ? Pourquoi est-ce que moi, je réussis, alors que tout le monde, à commencer par l'équipe soignante, me prédisait l'échec ?

Je crois avoir trouvé une piste en lisant la phrase d'Alice Miller que je cite ci-dessus.  Elle parle de "récupération des facultés de vie". Récupération de ses propres sentiments, de sa propre personnalité, de sa propre volonte. Et ces facultés, je crois les avoir récupérées en désintox, sous la forme, au départ, de la colère. Colère, non pas contre moi-même (celle-là, elle n'a jamais été absente) mais contre les personnes qui étaient censées m'aider. Contre ce substitut parental, cette autorité légitime qui était là pour me soigner, et me remettre dans le droit chemin. Le chemin qu'empruntent les honnêtes gens, et les bons citoyens.

Ils n'ont pas réussi à me remettre dans le droit chemin. Ils ont même réussi à me le faire quitter un peu plus qu'avant. A faire revivre, et ressortir, une révolte enfouie depuis des décennies. Une révolte que j'ai d'abord exprimée contre eux. Contre la "règle pour la règle". Contre l'injustice utilisée comme thérapie. Contre le reformatage des âmes. Ils ont réussi, par contre, à me soigner. Mais, quelquefois (et même bien souvent), je me demande s'ils l'ont fait exprès. Parce que c'est par la colère que je m'en suis sortie, et que cette colère, ils n'ont pas pu la provoquer volontairement.

Cette colère, ils n'auraient pas pu l'éveiller en s'en prenant à moi. Pour la bonne et simple raison que les brimades et les injustices, j'étais prête à les subir, comme un passage obligé vers la rédemption, parce que je considérais que je les méritais. J'étais prête à les subir, mais je n'étais pas prête à les voir subir. Parce que personne ne mérite les brimades et l'injustice. Parce que les brimades et l'injustice ne sont pas rédemptrices, mais mortifères. Ma colère s'est éveillée, a grandi et, si j'ose dire (et pourquoi n'oserais-je pas dire ?) s'est épanouie en réaction à la souffrance d'un autre. Elle n'aurait jamais pu naître en réaction à la mienne. Mais elle était là, bien présente, à fleur de peau, lorsque l'injustice et les brimades sont - enfin - tombées sur moi.

J'ai eu mal, là bas. Très mal. Cette souffrance n'a pas été rédemptrice. Cette souffrance, je ne la méritais pas plus que mon compagnon de galère ne méritait la sienne. Mais j'ai pu la combattre, jour après jour, grâce à la colère, grâce à la révolte, que la sienne avait fait naître en moi. Grâce à cette première faculté de vie qui a fait renaître en moi la vie tout court. Qui m'a rendue capable d'accepter la main tendue d'un enfant perdu. Et de recommencer à espérer.

 

 

Commentaires

Je vous découvre et je vous comprends. Nous ne souffrons pas de la même maladie, mais nos maux se ressemblent. Nous les exprimons juste autrement.
La colère est parfois salvatrice. Les moments où j'avance sont souvent des moments de rage, de révolte.
J'allais justement écrire un article sur la "drogue" du jeûne.

Je reviendrai...

Écrit par : chiche | 02/06/2010

La colère, ça peut être la vie... et découvrir la sienne, comme une nouvelle naissance..

Je sens gronder la tienne en toi depuis des années, on peut même dire qu'elle m'attire comme un aimant... ou simplement qu'elle fait écho à la mienne?

Peut-être qu'en fait on peut faire à l'inverse d'Eowyn, pour sortir de l'ère glacière en soi? Et se mettre debout.... enfin.

"Car le matin se levait, le matin et un vent venu de la mer; les ténèbres se dispersèrent; les hommes de Mordor gémirent, et la terreur s'empara d'eux; ils s'enfuirent, et moururent, et les sabots de la colère passèrent sur eux."

Écrit par : rebeca | 08/06/2010

La colère aide à vivre, la rage est une planche de salut. Pour un temps. Si on ne veut pas se noyer dans ses tourbillons, il faut plonger dedans, nager, traverser, et ressortir sur l'autre rive, et se sécher au soleil.

Après ça, on peut jouer avec, si on veut.

Écrit par : Melilot | 09/06/2010

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