Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

04/06/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 5

Gonzague Part 3


- Ca ne va pas ?

- Si... Non. Je n'arrive pas à dormir.

- Tu penses trop.

- Le moyen de faire autrement ? A moins de me shooter, ou de me tirer une balle dans la tête... Je me déteste trop pour ne pas penser. Je n'ai fait que des conneries, Jeremy. Rien que du mal, autour de moi. Rien que du mal, à elle.

- Isabelle ?

- Isabelle. Je l'aimais. Je l'aimais, et pourtant je l'ai trompée, maintes et maintes fois. Et pourtant je l'ai trahie. Et pourtant je l'ai quittée. Comme le lâche que j'étais. Elle... elle m'acceptait, tel que j'étais, avec mes faiblesses. Mais moi... moi, je n'ai pas eu la force de l'imposer à mon père. Je n'ai pas eu la force d'imposer une infirme à mon père. Il ne voulais pas d'elle pour moi. J'ai cédé. J'ai rompu. Et pourquoi ? Pourquoi, hein ? Pour me dire, et me redire, et me redire encore que j'avais tort, et que je suis un lâche. Un fils-à-papa de rien du tout. Ou plutôt, rien du tout. Rien que du vide...

- Tu n'envisages pas la vie sans elle ?

- Je n'envisage plus la vie tout court.

- Alors, vas la rejoindre. Implore son pardon, et dis-lui que tu l'aimes. Et, tant que tu y es, demande-la en mariage.

- Elle m'enverra sur les roses, et elle aura raison.

- Tu n'en sais rien. Tu n'as pas essayé.

Et il n'essaiera pas. Il a trop mal. Il a trop honte. De ce qu'il lui a fait, de ce qu'il est devenu. Il a trop honte, et il a trop peur qu'elle le rejette.

06 83 65 66 22...

06 83 65 66 22.

...................................................................................................................................

La jeune fille qui m'ouvre la porte n'est pas en fauteuil roulant. Quel âge a-t-elle ? Quinze ans ? Seize, à tout casser. le regard noir. Le regard dur. Mauvais. Elle n'apprécie pas ma présence. Elle n'apprécie pas ma venue, et me le dit, en termes peu amènes. Elle parle d'Isabelle en termes violents. La traite d'imbécile. Elle tente de m'empêcher d'entrer. En vain. Je ne suis pas ici pour elle.

- Votre soeur m'attend.

- Elle a pleuré pendant deux ans, à cause de ce salaud. Et maintenant qu'elle va mieux, vous lui téléphonez de sa part, et vous vous ramenez avec vos gros sabots. Vous ne vous soupçonnez pas ce qu'elle a pu souffrir.

Elle a raison, sauf sur une chose : je ne le soupçonne pas, je le sais. Et Gonzague le sait aussi. Et c’est terrible de savoir. De ressentir la peine et la souffrance. Même quand on tente de réparer.

- Laisse-nous, Eugénie !

Elle est là, devant moi. Isabelle. Blonde et pâle, telle la vierge sur un tableau d’église. Elle a les yeux rougis. Visiblement, elle a pleuré.

- Qu’est-ce que Gonzague me veut ?

- Rien.

Je craignais de me retrouver devant elle. Je craignais de ne savoir que lui dire. Mais les mots me viennent. Naturellement. Comme si j’étais un orateur-né. Comme si j’étais avocat.

Je suis avocat. Et Isabelle m’écoute.

Je finis par lui tendre une boîte. Un écrin de velours noir.

- Elle est à vous. Elle n’a jamais cessé de l’être.

Elle l’ouvre, et porte la main à sa bouche. Bouleversée.

Les commentaires sont fermés.