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08/06/2010

Coups de foudre

Non, ils n'existent pas. Et alors ?


Ce billet fait plus ou moins suite à celui d'hier. Bon, plutôt moins que plus : je ne vais pas vous parler de la "suite" de Fionavar, Ysabel, que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire. Mais j'ai évoqué Diarmuid, hier. et Diarmuid est un de ces personnages pour qui j'ai eu, en lisant, un véritable coup de foudre. Un coup de foudre totalement irrationnel. Ce garçon imaginaire m'a prise au tripes, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je l'ai aimé, c'est tout. Comme j'ai aimé, comme j'aime, d'autres personnages tout aussi fictifs de la même manière. Personnages en grande majorité masculins, d'ailleurs, et très différents les uns des autres. Personnages qui m'ont touchée, bouleversée, indépendamment de la qualité de l'oeuvre dans laquelle ils évoluaient. Indépendamment aussi de leurs qualités morales.

Ils ne sont pas très nombreux, ces personnages coup-de-foudre qui ont émaillé ma vie et stimulé mon imaginaire. En cinquante ans, c'est dire... J'en ai repris certains dans mon "abécdaire". Je vais tenter d'en faire la liste, et de comprendre "pourquoi, eux". Mais y a-t-il quelque chose à comprendre ? L'Amour a ses raisons que la raison ignore...

Donc :

Aragorn : Le Roi sans trône du Seigneur des Anneaux. Je l'ai rencontré dans le train, sur le chemin du travail; lui, à l'Auberge du Poney Fringant, tentait de gagner la confiance de Frodon. Il ressemblait à un brigand, et avait la prestance d'un Roi. Un Roi sensible, touchant, blessé par la méfiance des Hobbits. Il m'a fait rater mon arrêt, par Jupiter ! Aragorn, beaucoup le trouvent immuable et pédant. Je le trouve vulnérable, et en constante évolution, prenant "de la bouteille" tout au long du roman, et devenant pleinement lui-même en franchissant l'antique frontière de l'Argonath.

Diarmuid : J'en ai parlé hier, du jeune prince solaire de la Tapisserie de Fionavar. Drôle de garçon, sympathique bambocheur et soldat implacable, se moquant des conventions, mais pas des sentiments, et encore moins de la justice. Blessé par l'indifférence de son frère, et le mépris de son père. Diarmuid, que personne ne prend au sérieux, sauf ses hommes qui lui font une confiance aveugle - à raison. Diarmuid qui m'émeut par l'opposition entre son apparence légère et sa profondeur déroutante.

Corwin : Si un personnage porte l'art de se dénigrer à son paroxysme c'est bien cet héritier du Royaume Primordial d'Ambre. A l'entendre, c'est le pire des salauds, Corwin. Et le roi des égoïstes. Dans les faits... eh bien, ce n'est pas exactement pareil. Oui, il s'allie à son frère Bleys pour jeter Eric à bas du trône mais, bon, c'est bien lui l'héritier légitime, non ? Et Eric a bien voulu le tuer, et l'a laissé pourrir en exil, non ? Comment, ça, je suis de mauvaise foi ? Reprenons : à part ça, Corwin ne cesse d'aider les autres, et de vouloir sauver le monde et les siens. Et il traîne tout au long de la saga cette amertume inimitable qui me séduit terriblement

Zakath : Il a une qualité à nulle autre pareille, l'empereur de Mallorée : il aime les chats ! D'accord, c'est aussi un conquérant cruel, brutal, inhumain. Inhumain ? Ou trop humain ? Quoi qu'il en soit, il aime les chats, Zakath, au grand dam de ses courtisans et de ses généraux. Ca fait désordre, un chaton, sur une carte d'état-major ! Mais ça aide à rompre la glace avec l'ennemi héréditaire, qui se rendra vite compte de l'intelligence, de l'humour à froid et, finalement, de la profonde humanité de l'Empereur.

Mac Gyver : Je quitte la royauté, là, pour le hockey sur glace. Et le repassage. J'ai repassé des tonnes de linge devant l'aventurier au grand coeur et au couteau suisse à tout faire. Il ne m'a pourtant pas séduite au premier coup d'oeil. A vrai dire, la première fois que je l'ai vu, dans une histoire abracadabrantesque, je l'ai détsté. Et puis... bah... j'ai trouvé sympathique son côté droit-de-l'hommiste, et je me suis attachée à l'orphelin sans frontières. Ce que j'aime chez Mac Gyver, c'est moins sa débrouillardise que son côté sentimental.

Hank Lacker : Qui a dit que j'avais un faible pour les enfants perdus ? Parce qu'il est gratiné, le gamin de Marvin's Room ! Pyromane, bipolaire, délinquant, il refuse même de donner sa moëlle pour sauver sa tante. Sale gosse ! Et pourtant... Y a pas de causes perdues.

Morgane : Non. Morgane n'est pas une "méchante". Elle est Morgane. Elle est la Fée. Elle est la Femme dans un monde d'hommes. Pas comme cette geignarde de Guenièvre. Mais qu'est-ce que tout le monde lui trouve, à celle-là ?

Bernier : Affronter son suzerain, c'est trahir. Mais entre le devoir et sa mère, quel être humain normalement constitué choisirait le devoir ? Surtout pour obéir à un fou criminel ? Pas le bâtard de la Geste de Raoul de Cambrai, en tout cas. La fidélité a des limites. L'obéissance aussi.

Pierre Bezoukov : Non, Pierre n'est pas le personnage le plus brillant, le plus romanesque, le plus impétueux de Guerre et Paix. Oui, Pierre est un petit gros à lunettes. Et bâtard, de surcroît ! légitimé, richissime, mais bâtard quand même, gauche et compexé. Intello dans un monde qui n'en a que pour les exploits guerriers et les uniformes à brandebourgs. Décalé. Ado, je préférais le Prince André. Quelle erreur ! Qui disait encore "Tout ce qui est or ne brille pas" ? Il avait bien raison.

Kantz : Le seul personnage qui peut disputer la palme de l'amertume à Corwin d'Ambre. Le seul héros qui accepte une mission dangereuse pour pouvoir doter son domestique, et qui va dormir chez un pote pour ne pas réveiller sa servante. Des patrons pareils, ça ne court pas les rues, non ? Même s'il est dangereux de le fréquenter, le chevalier de Wielstadt, il m'a tenue éveillée lors d'une longue nuit blanche... et est resté dans ma tête bien longtemps ensuite.

Doniphan : Encore un sale gosse. Pas du tout du genre Hank. Plutôt à l'opposé, le petit anglais hautain, prétentieux, pétri d'orgueil de Deux ans de vacances. Alors, pourquoi est-ce que je l'aime depui que j'ai treize ans ? Ben, parce qu'un ado débile, même aussi débile que celu-là, ça évolue, et qu'un sale gamin peut devenir un type bien, à travers les épreuves.

Dan Cooper : Quand j'étais gamine, j'aimais les avions et le canada. Dan Cooper était pilote et canadien. Ca aide, pour séduire une âme d'enfant.

Beleg Cuthalion : Tiens, un Elfe. Un officier. Un chasseur. Un héros qui s'attache à un orphelin - un sale gosse pétri d'orgueil, encore un ! - et qui ira pour lui jusqu'au bout du monde. Jusqu'à en mourir de sa main. Je sais, c'est con. Les Enfants de Hurin, par contre, c'est triste. A en mourir.

Vérité : Ce prince-là a un énorme défaut : il s'appelle Vérité, et à cause de cela, j'ai failli le manquer, le bougre ! Fils mal aimé du Roi veillissant d'un pays en guerre, oncle bienveillant de l'Assassin Royal, oblat de sa patrie jusqu'au sacrifice suprême, j'ai souvent eu envie de le secouer... et de l'embrasser. Et puis, un personnage aussi bordélique que moi, fallait l'oser !

Voilà ! Maintenant, quelle est cette raison que la raison ignore ? Lambertine aime les sales gamins et les adultes amers, les maîtres du monde et les enfants perdus, les fils mal aimés et les aventuriers poètes ? Oui. C'est comme ça. Pourquoi eux ? Je n'en sais fichtre rien.

Commentaires

"...ils n'existent pas. Et alors ?"

"The best way to have a Mr Darcy is to create him." (Miss Austen's Regrets).

;-P

Écrit par : Melilot | 11/06/2010

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