Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

24/06/2010

Point Godwin

Imaginez : Marc Dutroux, enfant martyr...


Il n'est pas question de Marc Dutroux dans C'est pour ton bien. Seulement de Jurgen, un jeune tueur d'enfants allemand. Et d'Adolf Hitler. Sûr qu'aujourd'hui, elle se verrait envoyer sur les roses, forte d'un point Godwin, Alice Miller. En moins de temps qu'il faut pour le dire. Et pan dans les gencives, Mme Miller ! Hitler, enfant martyr ! N'importe quoi !
Et pourtant...
Devient-on un monstre par hasard ?

La réponse est "non". La réponse est que les monstres ont été fabriqués à coup de trique, et de "pédagogie noire". Et le pire, c'est que les parents qui les ont fabriqués ont cru bien faire, en reproduisant ce qu'eux-mêmes avaient connu enfants, et leurs parents avant eux, selon les bons principes de bons pédagogues, qui n'avaient pour but que d'extirper le mal de l'enfant, d'en faire un bon petit, un bon citoyen (un bon sujet ?). Bien sage. Obéissant. Sans caprice. Sans colère.
Sans personnalité ?
Sans empathie ?

Sans haine ? Dans ce cas, c'est raté. La pédagogie noire, les coups de fouets et autres punitions imméritées, le dressage que l'on n'oserait plus appliquer à un chien (à un enfant, si. C'est pour son bien, non ?), ne peuvent qu'engendrer une haine sourde, que l'enfant retourne le plus souvent contre lui (engendrant la toxicomanie, la dépression, le suicide), mais qu'il peut projeter sur d'autres, individus, ou groupes sociaux. Dans les cas extrêmes, cette haine donne des criminels absolus. Jurgen. Adolf. (Marc ?).

Oh, certes, tous les enfants battus ne deviennent pas des monstres. Mais une majorité d'entre eux, ceux qui n'ont pas rencontré de "témoins secourables", souffrent de cette impossibilité d'empathie, reproduisent sur leurs propres enfants ce qu'ils ont subi (ils "n'en sont pas morts", n'est-ce pas ?), et sont prêts à suivre aveuglément le premier dicatateur venu, celui qui aura su cristalliser leur haine sur un bouc émissaire.
En bons citoyens.
Obéissants.
En bons petits soldats...

Que faire alors ?
Peut-être commencer par considérer les enfants comme des êtres humains, et non comme notre propriété d'adultes. Par les respecter. Par les élever à être ce qu'ils sont, et non ce que nous voudrions qu'ils soient. Pas des enfants-rois (l'enfant-roi étant d'ailleurs une autre version de l'enfant-martyr), mais des hommes en devenir.

Commentaires

Je n'ai pas lu "c'est pour ton bien " d'Alice Miller, mais bizarrement tous ceux qui recommandent ce bouquin, sur les forums internet, sont des tenants de l'éducation soixante huitarde , genre "maman nature" (qui vont jusqu'à déscolariser leurs enfants parce que les notes, les évaluations etc, c'est paaaas biiienn, c'est une "souffrance", enfin bref;;
Donc déjà ça ne me rend pas le bouquin très sympathique;
dites moi si je me trompe, mais dans son bouquin Alice miller s'insurge aussi contre les limites qu'on doit donner aux enfants, vomit la "bonne éducation" (la classique, la "bourgeoise" (quel gros mot) et remet tout en question en "psychologisant" le moindre geste;
Le problème c'est que, comme Dolto, certains lisent de travers et du coup on se retrouve avec des enfants insupportables qui deviendront des adultes insupportables et incapables de s'intégrer, à part quelques artistes ou personnages "décalés" qui n'auront pas besoin d'être vraiment dans la société;
Et c'est pas une fessée, quand le gamin a dépassé les bornes, qui va en faire un Hitler, un Staline ou un Pol Pot;
Allez voir certains forums de jeunes parents, c'est édifiant

Écrit par : thalyssette | 25/06/2010

Il y a des parents qui confondent fermeté et brutalité. D'autres qui confondent respect de l'enfant et laisser-aller.

C'est un débat bien plus ancien que mai 68, pas besoin d'Alice Miller ou de Françoise Dolto. Si vos souvenirs d'enfance n'en sont pas trop pénibles, relisez donc la Comtesse de Ségur, qui vécut à une époque où - croit-on - l'éducation à coups de trique était la norme, et où la psychologie n'avait pas encore été inventée. Chez elle, les enfants battus tournent mal, les enfants trop gâtés tournent mal, les enfants négligés tournent mal. Ceux qui tournent bien sont ceux qui ont été aimés, respectés ET bien éduqués. Elle avait déjà tout compris, la bonne vieille. (Et non, quand on la relit adulte, c'est pas si gnangnan que ça, je trouve).

Non, tous les enfants battus ne deviennent pas Pol Pot ou Pinochet (hihi!, t'as vu Lamberte, j'ai évité le point Godwin :-D). Mais ils apprennent que les coups et les gifles sont une réponse normale et admissible en cas de conflit. Ils deviendront peut-être des bagarreurs de bistrots, des petits chefs abusifs, des tyrans domestiques. Ou à l'inverse, de pauvres choses soumises et sans personnalité.

En tant que parent, la meilleure chose qu'on peut leur apprendre, c'est qu'il est possible de dire non sans cogner. Par l'exemple. (mais j'dis pas qu'c'est facile!!!)

Écrit par : Melilot | 25/06/2010

Thalyssette,

Non, Alice Miller ne dit nulle part qu'il ne faut pas poser de limites, pourquoi ? Par contre, oui, elle critique sévèrement l'éducation dite "bourgeoise". Ou du moins, dans cette éducation, l'interdit pour l'interdit et la frustration pour la frustration. Le "dressage". Celui que, comme le précise Melilot, était déjà condamné par la Comtesse de Ségur en son temps.
Au sujet des mamans nature et de leurs enfants : ceux parmi ces enfants que j'ai rencontrés ne sont ni insupportables, ni désocialisés, bien au contraire. Il ne faut pas confondre "écouter son enfant" (et lui expliquer le "pourquoi" de l'interdit) avec "le laisser faire n'importe quoi". Bien entendu, vous trouverez des extrémistes dans tous les mouvements.
Quant à l'école à domicile, je crois qu'elle peut convenir à certains enfants. Mais que, dans les faits, vous trouverez plus de parents "aristo-catho-de-droite-dure" à éduquer leurs enfants de cette manière (laisser leurs gamins aux mains de soixante-huitards gauchistes ? Jamais de la vie !) que de baba-cools (y en a aussi).
Et non, tous les enfants battus (je n'ai pas parlé du parent qui pète un cable et donne une totgnole à son fils parce qu'il a perdu patience) ne deviennent pas des tyrans. Mais la majorité d'entre eux donnent des individus prêts à les suivre, ces tyrans. Parce qu'on ne leur aura appris, finalement, que deux choses : l'obéissance à l'autorité (qui a toujours raison, c'est bien connu) et la violence vis à vis des plus faibles.

Écrit par : lambertine | 28/06/2010

Hé... hé... Melilot !

La tant décriée Comtesse qui faisait du Miller avant la lettre. L'éducation par l'exemple, les méfaits du knout et du martinet, la tyrannie des enfants gâtés... Le sommet de son oeuvre, c'est pour moi (avec La Fortune de Gaspard, mais là, on est HS, et j'en reparlerai plus tard) L'Auberge de l'Ange gardien et Le Général Dourakine. La différence entre Natacha et ses frères, et Jacques et Paul d'un côté, enfants aimés et respectés, respectueux et bien dans leur peau, et de l'autre, Torchonnet et les enfants Papofski, aussi infects (comme le sont les enfants pourris gâtés comme le Jules de Pauvre Blaise) que malheureux et maltraités... 68arde, la grand-mère ?

Écrit par : lambertine | 28/06/2010

;-P Merci de m'avoir conseillé de les relire, Dame Lamberte. Je serais passée à côté de beaucoup de choses. :-)

Écrit par : Melilot | 28/06/2010

(juste au sujet de la Comtesse de Ségur : je l'avais étudiée en cours, en étudiant son éditeur, le fameux Louis Hachette. J'ai donc appris que ce ne sont pas du tout les originaux que l'on lit, mais des versions revues et corrigées par Hachette selon son opinion de ce qui devrait plaire à ses lecteurs... chose qui ne plaisait pas du tout à la Comtesse, d'ailleurs.
Mais ça explique les aspects très lisses, très gnangnans, qu'on peut rencontrer : ce n'est tout bêtement pas la Comtesse qui les a écrit.
J'aimerais une réédition des vrais textes, pour voir — parce que j'avais beaucoup aimé les bouquins, gamine, notamment le Général Dourakine ;) )

Écrit par : Laegalad | 01/07/2010

Les commentaires sont fermés.