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03/07/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 8

Aurore. Part 1.


Jamais je n’ai rencontré quiconque portant plus mal son prénom qu’Aurore. Brune, sèche, je la qualifierais volontiers de « crépusculaire ». Elle porte la solitude en elle, le déclin, et aucun espoir. Elle s’est sans doute mise à boire pour ça, Aurore. Par désespoir. Par amertume. Par manque de confiance en elle et en la vie. Et pourtant, je l’aime bien. Je l’aime bien parce qu’elle est douce sous ses dehors sévères. Je l’aime bien parce qu’elle est gentille. Je l’aime bien parce qu’elle m’aime bien, sans que je sache pourquoi, moi qui suis si différent d’elle, moi qui n’ai aucun point commun avec elle. Je l’aime bien parce qu’elle m’écoute sans me poser de question, sans me juger, et surtout sans me plaindre. Sans pour autant m’approuver à chaque fois.

Tu ne devrais pas fréquenter cette fille.

Pour le coup, elle ne m’apprend rien. Je le sais mieux qu’elle, que je ne devrais pas fréquenter Eugénie, que je ne devrais pas m’attacher à elle, que je ne devrais pas la laisser s’attacher à moi. Que je ne devrais pas, et pour cause…

- Il n’y a pas d’espoir, pour vous deux. Pas d’avenir. Crois-tu que sa famille verra de bon œil qu’elle soit en relation avec un garçon tel que toi, quand tu sortiras d’ici ?

Parce que je suis un enfant des rues ?

- Oui. Un enfant des rues. Dealer. Délinquant. Toxicomane au dernier degré. Et qu’eux sont nobles. Riches. Catholiques.

- ... et que le Comte de Maupin-Valandray est Procureur Général.

- Ca n'arrange pas les choses, en effet. Sois raisonnable, Jérémy. Tu es jeune, elle a seize ans à peine. Des filles, tu en rencontreras d'autres. A foison. Mignon comme tu l'es...

- Mignon, peut-être, mais tout pourri, à l'intérieur. Tu ne m'apprends rien, Aurore. Je sais ce que je suis, et ce que je vaux. Je sais ce que je peux espérer, c'est à dire pas grand chose. Mais avec Eugénie, je me sens vivant. Te rends-tu compte de ce que ça veut dire, pour moi, vivant ?

S'en rend-elle compte ? Non, je ne le crois pas. Parce qu'elle ne sait pas ce que je suis, ni quel est mon destin. Et parce qu'elle même ne l'est plus, vivante, depuis bien longtemps. J'ignore pourquoi. J'ignore quel est son secret. Je sais seulement qu'elle en a un, bien caché, au creux de son âme flétrie. Peut-être le met-elle en scène, dans les lignes, dans les pages, dans les histoires qu'elle ne cesse d'écrire ? Des histoires bien cachées, qu'elle ne montre à personne. Pas même à moi.

- Pourquoi ?

- Pourquoi, quoi, Jérémy ?

- Pourquoi caches-tu tes textes ? Quand on écrit, c'est pour les autres, non ? Pour partager. Ca n'a pas de sens, d'écrire pour soi tout seul.

- Et qui veux-tu que ça intéresse, les textes d'une vieille fille qui ne connaît rien à la vie ? D'une vieille fille qui n'a même pas de talent ?

- Moi, ils m'intéressent. Et tu n'en sais rien, si tu as du talent ou pas. Tu ne le sauras que si tu sautes le pas.

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- Elle n'a pas tort, tu sais.

- Ah, c'est vous ?

Question idiote. Quelle autre femme pourrait m'attendre dans la salle de bain des hommes ? Elle a troqué son look des années folles contre un costume fin XVIIIème, qui ne l'avantage pas.

- Bofff...

- Quoi, bofff ?

- Je vous préférais en Daisy, plutôt qu'en Marie-Antoinette. Et ça ne sert à rien d'en remettre une couche, concernant Eugénie. Je ne suis ni sourd, ni stupide.

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