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24/07/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 10

Aurore. Part 3.


 

-

Elle s’assied sur mes genoux. Le bois craque encore plus. Le tronc se casse, et nous nous effondrons, l’un sur l’autre, en riant. Enlacés. Pantelants. Je sens sa joue contre la mienne. Fraîche. Douce.

- Qu’est-ce que tu mijotes encore ? répète-t-elle, les doigts cherchant dans mes cheveux des débris de feuilles mortes.

J’ai envie d’éclater en sanglots.

-  Rien.

-  Menteur.

-  Toxicomane. Ca va de pair.

-  Tu n'es plus un toxicomane.

Non. C’est vrai. Mon secret est bien plus lourd que dix grammes d’héroïne.

- Qu’est-ce que tu mijotes encore ?

Je finis par céder. A moitié.

-  Je dois montrer quelque chose à un éditeur. C'est important.

-  Tu écris ? Et tu ne me fais pas lire tes oeuvres, à moi ?

-  Il ne s'agit pas de mes oeuvres, Eugénie.

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-  Merci, Aurore.

- Déjà terminé ? Ca t’a ennuyé, je suppose. C’est sûrement mal écrit, et de peu d’intérêt pour quelqu’un de ton âge.

-  Non. C’est beau, et c’est triste. Et tu écris très bien.

- Comment peux-tu dire une chose pareille ? Qu’est-ce qu’un garçon comme toi y connaît, en littérature ?

-  On peut être à la rue et aimer lire. C'était mon cas.

Les livres m’ont tenu compagnie pendant des années. La lecture est un loisir pratique, et bon marché. Pratique, parce qu’elle ne nécessite aucun accessoire, pas même une ampoule électrique. Bon marché, surtout quand je volais les bouquins à la FNAC ou dans les hall de gare. Toutes sortes de bouquins. Tolstoï et Diderot. Jim Harrison et Jean-Paul Sartre. Tolkien et Frank Herbert.

- Et puis, tu sais, un livre vous donne une contenance, et une apparence honorable. Personne ne se méfie d’un clodo qui lit sur un banc. Personne ne l’assimile à ce qu’il est. Un clodo. Il passe inaperçu. Il devient un être humain normal. Les gardiens de parc ne le chassent pas. Les flics ne lui cherchent pas de poux dans la tête. Les dealers eux-mêmes lui fichent la paix. On ne cherche pas à fourguer de la came à quelqu’un qui lit Victor Hugo.

- Et c’est ainsi que tu es devenu critique littéraire…

- Pas critique. Juste amateur de bonnes choses. Comme ce que tu écris, toi.

 

 

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