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27/07/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 11

Aurore. Part 4.


Pas critique, mais agent, peut-être. Un agent littéraire d'un genre spécial.

- Pourquoi crois-tu que ce que tu écrit est sans intérêt ? Pourquoi crois-tu que tu es sans intérêt ?

- Parce que c'est vrai. Je ne suis qu'une vieille fille, qui n'a rien vécu de bien intéressant. Qui ne peut donc rien écrire de bien intéressant. La vie banale d'une secrétaire provinciale. D'une secrétaire provinciale damnée.

Damnée ? Pourquoi dit-elle ça ? C'est stupide. je suis bien placé pour le savoir : même moi, Dieu ne m'a pas condamné aux flammes de l'Enfer. Je me demande quelquefois s'il n'aurait pas dû, mais le fait est qu'il ne l'a pas fait. Qu'a-t-elle bien pu faire, quel crime a-t-elle bien pu commettre, pour se croire destinée à brûler pour l'éternité, elle, si douce, si gentille derrière son apparence de sécheresse ? Je lui pose un baiser sur la joue.

- Il ne faut pas dire des bêtises pareilles. Je t'aime bien, moi.

Et j'ajoute, sans savoir pourquoi :

- J'aurais bien aimé que tu sois ma maman.

Deux grosses larmes se mettent à couler sur les joues pâles d'Aurore.

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Je n'ai jamais eu de vraie famille. J'ai grandi, plus ou moins, auprès de ma tante. La soeur de ma mère. Elle ne me parlait jamais de mes parents. Me manquaient-ils ? Je mentirai si je disais que non. Ils me manquent toujours. Ils me manqueront, je crois, jusqu'à la fin des temps.

- Le repas te plaît, Jérémy ?

- Oui, Madame. C'est très bon. Je vous remercie.

Je suis tombé des nues lorsque les parents d'Eugénie m'ont proposé de passer mon week-end de sortie auprès d'eux. Je croyais dur comme fer qu'ils  feraient tout leur possible pour m'éloigner de leur fille, et c'est le contraire qui se passe. Et je me retrouve, moi, l'enfant abandonné, à la table familiale de ces aristocrates. Je me retrouve, moi, le délinquant juvénile, à la table familiale d'un procureur général.

D'un procureur général qui m'invite, après le repas, à le suivre dans son bureau. Qui me tend une grande enveloppe.

- Tu aurais pu nous demander l'autorisation, avant de faire envoyer ton courrier chez nous.

Il me parle en souriant, sans animosité. Plutôt complice. Il me tend un verre de tonic .

- Tu n'ouvres pas ?

- Je suis désolé, Monsieur. Je... Je craignais, en donnant l'adresse de la Résidence...

- Tu as bien fait. J'aurais préféré que tu m'en parles d'abord, mais tu as bien fait. Et tu devrais ouvrir cette lettre. J'ai l'impression qu'elle contient de bonnes nouvelles. Les éditeurs n'envoient pas de refus dans des enveloppes A4.

Il a raison. J'ai entre les mains un contrat. Un contrat d'édition, pour les nouvelles d'Aurore.

J'ai envie de lui sauter au cou.

Mais on ne saute pas au cou d'un Procureur général.

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