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11/08/2010

Zéphyr

Conte tolkiennien pour un enfant malade


- Zéphyr !

Tessa appelle son petit garçon sous le soleil de midi.

- Zéphyr, où es-tu ?

L’enfant ne répond pas.

- Zéphyr ! Zéphyr ! Zéphyr ! Chilou, as-tu vu ton petit frère ?

Le petit garçon secoue la tête. Non. Il ne l’a pas vu. Enfin, pas vu depuis… depuis quand, au fait ? Chilou n’est qu’un petit, un tout petit garçon, et se met à pleurer.

- Zéphyr ! Mon petit nuage ! Où es-tu ?

Tessa se laisse tomber sur le banc de pierre. Il ne faut pas. Il ne faut pas. Son petit bébé, son petit nuage, a disparu. Mais où est-il ? Mais, par tous les Valar du ciel, où est-il ? Est-il tombé dans la rivière ? Est-il parti vers la Vieille Forêt, là où rôdent les esprits, et où cherchent à manger les loups ?

- Zéphyr !

Elle s’écroule, et se met à pleurer.

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L’enfant regarde autour de lui. Il ne voit que des arbres, et l’oiseau a disparu. L’oiseau. Le petit oiseau de toutes les couleurs. Celui qui l’attendait, chaque jour, dans la cour pavée. Celui qu’il a suivi sur les chemins de terre, jusqu’à la Vieille Forêt. Il n’aurait pas dû, sans doute. Il n’aurait pas dû. Il le sait. Il le sait très bien, à présent qu’il est perdu. Perdu. Tout seul, au milieu des grands arbres. Tout seul, dans le crépuscule. L’oiseau a disparu, et la mousse n’est plus douce à ses petits pieds, et l’humidité commence à percer sa chemise. Il fait frais, et Zéphyr frissonne. Il donnerait tant pour pouvoir se blottir dans les bras de Maman. Il donnerait tant pour sentir sa chaleur, sa douceur. Il donnerait tant pour téter son lait tiède et sucré. Pour manger, aussi, une bonne soupe de légumes, ou un ragoût de cochon. Il donnerait tant, mais il n’a rien. Il n’est qu’un tout petit garçon, qu’un tout petit Hobbit perdu dans la Vieille Forêt, là où rôdent les bêtes sauvages et les mauvais esprits. Un tout petit Hobbit dont l’estomac crie famine, et dont les pieds encore trop tendres sont couverts d’ampoules. Des larmes coulent sur le visage rond et rose. Des sanglots secouent la dodue poitrine.

- Maman, maman ! crie Zéphyr dans la forêt.

Mais Maman ne vient pas. Maman n’entend pas. Maman le cherche, pourtant, en compagnie de tous les hommes, de toutes les femmes du village. Mais il est loin, trop loin, si loin que jamais les adultes n’auraient l’idée qu’un si petit garçon aient pu à se point s éloigner du village.

Zéphyr n’en peut plus. Il se laisse tomber sur la mousse humide. Il en goûte, et la recrache. Ce n’est pas bon. C’est même très mauvais. Alors, il se roule en boule, comme les petits bébés dans le ventre de leur mère. Il se roule en boule, et finit par s’endormir.

Il se réveille en sursaut. Il a fait un cauchemar. Il était perdu dans la Vieille Forêt, et les loups hurlaient autour de lui. Et les sangliers grognaient. Et il avait faim. Et…

Ce n’est pas un cauchemar.

Il est perdu dans la Vieille Forêt. Et les loups hurlent autour de lui. Les sangliers grognent. Et Maman n’est pas là !

Il se met à pleurer. Les bêtes vont le manger. Il va mourir ici. Il ne veut pas mourir. Il veut le sein de maman et les bras de Papa. Il veut jouer dans le pré d’en face avec Chilou et la grande Rosie. Il veut des tartes aux pommes et des tartines de miel. Il ne veut pas de ce monstre qui le regarde de ses yeux jaunes, défenses en avant.

Il cache son visage dans ses petites mains.

Et il entend chanter.

Il en est sûr, il rêve. D’ailleurs, le sanglier va lui foncer dessus, et l’écraser, et…

Il entend toujours chanter. Il ouvre les yeux, et voit penché sur lui un drôle de bonhomme barbu, qui rit, qui le prend dans ses bras en se moquant de lui, mais dans ses bras quand même. Et l’enfant se retrouve dans une maisonnette, où une très belle dame, qui ressemble aux Elfes des histoires de Papa, lui sert un grand bol de lait chaud, et des tartines de miel, avant de le coucher dans un lit trop grand, mais bien douillet quand même.

Il est moins à l’aise le lendemain, quand le petit bonhomme le confie à un géant vêtu de noir. Un de ces Rôdeurs à la réputation douteuse, mais que Tom, car c’est ainsi que la Belle dame nomme le sauveur de Zéphyr, appelle bizarrement « gamin ». Gamin, ce grand Monsieur à l’air sévère qui va sûrement punir l’enfant imprudent…

Mais non, il est gentil, le Monsieur. Il pose le garçonnet sur ses solides épaules, et l’emmène, à travers bois. Tout en marchant, il lui raconte les fleurs et les bêtes, et même les esprits, qui ne sont pas tous mauvais.

- Comme le vieux Tom. Bien des gens en ont peur. Mais il n’est pas méchant, n’est-ce pas, mon garçon ?

Et ainsi, jusqu’à l’orée du village, le Rôdeur occupe l’enfant, et l’empêche de penser, et de pleurer par la même occasion. Puis il le dépose, dans la cour même de la maison, où le petit Hobbit se précipite vers Tessa en lui criant : « Maman, Maman ».

Avant de dire « au revoir » d’un signe de la main à l’homme en noir qui, déjà, s’en retourne vers la forêt, et vers la solitude.

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