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15/08/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 13

Aurore. Part 6.


Pas à Gonzague, mais au monde entier, par l’intermédiaire d’un éditeur. Si Aurore l’accepte. Elle peut toujours refuser de signer le contrat et, je le suppose, c’est ce qu’elle va faire.

Je suppose à tort.

- Je suppose que tu me prends pour une imbécile et pour une ingrate.

Elle suppose à tort, elle aussi.

- J’avais peur.

Ca , il ne fallait pas être grand clerc pour le deviner.

- J’ai toujours peur, mais j’ai décidé de sauter le pas, et de signer ce contrat.

- Merci, lui dis-je, assez bêtement.

- C’est à moi de te remercier, bien que je ne comprenne pas pourquoi tu as fait ça pour moi.

- Parce que tu as du talent, et parce que je t’aime bien.

Et parce que c’était ma mission. Ou du moins, une partie de ma mission.

- C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour te rendre heureuse. Ou pour essayer, du moins.

- Je ne serai jamais heureuse. Je n’en ai pas le droit.

- N’importe nawak. Tout le monde a le droit.

- Non !

Elle s’énerve. Elle se fâche. Elle éclate en sanglots. Elle veut… non, elle ne veut pas parler. Ou ne peut-elle pas ? Ou est-ce trop dur de dire ce qu’elle a écrit, quelque part, au sein d’une de ses nouvelles ? Même à un enfant des rues ?

- Non. Pas moi. Je suis un monstre. Un monstre criminel.

- Tu n’as tué personne.

- J’ai tué mon enfant.

Elle l’a écrit. J’avais raison. « J’ai tué mon enfant… » la Salle Carrelée… page 54.

- Tu n’as tué personne.

- Tais-toi, Jérémy !

- Tu n’as tué personne. Tu n’as rien fait du tout.

- Justement. Je n’ai rien fait du tout.

- Tu avais quinze ans.

- Et j’ai obéi. Et j’ai laissé faire.Je me suis laissée faire.

- Tu avais quinze ans, tu étais enceinte d’un salaud, et c’est ton père qui a décidé de faire passer l’enfant. Pas toi.

- J’aurais pu dire non. J’aurais pu m’enfuir. J’aurais pu. J’aurais dû. Je n’ai rien dit. Je n’ai rien fait. Je m’en souviens encore. J’étais malade, et j’avais peur. Ils m’ont allongée sur une table. Les pieds dans les étriers. Une table d’accouchement. Ils m’ont fait une piqûre. Et je les vois, les murs. Les murs carrelés, blancs, du cabinet de l’avorteur. Je les vois encore. Je les verrai toute ma vie. Mon enfant est mort ce jour-là. Mon âme est morte avec lui.

- Elle n’est pas morte, Aurore. Elle n’est pas morte. Elle est enfouie, au fond de toi. Anesthésiée. Endormie. Comme moi, après un shoot d’héro. Pour ne pas penser. Pour ne pas souffrir. Elle peut se réveiller. Elle doit se réveiller pour que tu vives enfin, dans ce monde, et dans l’autre. Tu n’es pas damnée, Aurore. Tu es désenfantée. Et tu n’as pas eu le choix. Tu es tout sauf un monstre.

- Quelquefois, je l’appelle… Adélaïde… je l’aurais appelée Adélaïde.

- Alors prie-là. Prie Adélaïde. Là où elle est, elle t’entendra.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

- C’est bien, Jérémy. C’est très bien.

- Non.

- Si. Elle va pouvoir vivre, à présent.

- Je sais. Plus qu’un, n’est-ce pas ?

- Plus qu’un.

- J’ai peur, Elisabeth. Je ne veux pas mourir.

Elle me caresse maternellement la joue.

J’ai froid, si froid.

Si froid…

Froid…

………………………………………………………………………………………………………………………………………..

-Jérémy ?

Gonzague me secoue, me crie dessus. Me gifle même.

Je ne peux pas répondre.

- Jérémy, qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ?

Froid…

- Jérémy ! Nathanaël, vite ! va chercher de l’aide ! Jérémy, petit frère ! Tiens bon. Tiens bon, petit frère !

Si froid.

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