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23/08/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 16

Nathanaël. Part 1.


Depuis mon retour à la Résidence, tout le monde me traite comme une fleur de serre. Ca ne me plaît pas vraiment, mais je me laisse faire, et je dois reconnaître que la situation n’a pas que des mauvais côtés. Je ne suis pas forcé d’accomplir les tâches qui me rebutent. Je peux me permettre de m’extraire du groupe sans recevoir de blâme des psychologues. Je ne suis pas obligé de cornaquer les nouveaux, ce dont je n’ai ni le désir, ni le courage. Je passe l’essentiel de mon temps libre en compagnie d’Aurore, et je partage, depuis le départ de Gonzague, ma chambre avec Nathanaël.

Elle a bien changé, Aurore, et porte à présent son prénom comme un gant. Elle a retrouvé le goût de vivre qui l’avait quitté lorsqu’elle avait quinze ans. Elle continue d’écrire, des histoires courtes et sombres, dans lesquels l’espoir a trouvé sa place. Elle a envers moi une attitude maternelle, que je ne rejette pas, et qui me fait du bien. J’ai honte, quelquefois, de la laisser ainsi s’attacher à moi. Elle aura du chagrin, je crois, le jour où je m’en irai. Mais peu importe, le mal est fait, et je n’ai plus la force de refuser l’amour qu’on me donne. Là aussi, je me laisse faire, suivant les conseils du Procureur. J’absorbe cet amour comme une éponge, comme une terre asséchée dont l’eau a fini par vaincre la dureté, et qui gonfle, gonfle, à exploser. Je le rends aussi, cet amour, à ma manière. J’aime Aurore comme j’aurais pu, je crois, aimer la mère que je n’ai pas eue. D’une façon infantile, irraisonnée, à la fois douce et brutale. De la façon dont j’aime aussi le Procureur. Dieu ne m’a pas donné de parents à la naisance. L’ironie a voulu que j’en trouve à la veille de ma mort.

Eugénie vient me rendre visite deux fois par semaine. Son père l’accompagne une fois sur deux. Pas sa mère. La Comtesse est un être humain normal : elle a du mal à accepter que sa fille chérie soit amoureuse d’un bon à rien. Pire encore, d’un bon à rien gravement malade. Elle accepte encore moins que son époux veuille lui tenir lieu de père, à ce bon à rien. Mais elle ne s’oppose pas à ce qu’ils viennent me voir. Parce qu’elle a pitié de moi. Et ça aussi, c’est normal, même si je n’aime pas ça du tout.

Eugénie m’emmène, bien souvent, au milieu de la forêt. Nous y restons des heures, sans rien dire, blottis dans les bras l’un de l’autre. Nous allons rarement plus loin. Nous n’avons même été plus loin qu’une seule fois. A son initiative, du moins me semble-t-il. Je ne sais plus vraiment. Sauf que je l’ai aimée, du plus fort de mon âme, en lui donnant mon corps et en prenant le sien.

- Tu ne regrettes rien ?

- Regretter ? Moi ? Pourquoi ? Je t’aime, Jérémy. Je n’aimerai que toi, jusqu’à la fin des temps.

- Ne dis pas de bêtises. Je t’aime, moi aussi, plus que je ne puis l’exprimer. Mais s’il m’arrivait malheur ? Promets-moi de continuer à vivre. Promets-moi de ne pas te fermer à l’amour. S’il te plaît. Je n’en vaux pas la peine.

- Si. Tu en vaux la peine. Et tu dis des bêtises.

Je n’insiste pas. Je n’insiste plus. Je n’ai plus la force de parler de la mort.

- Qu’est-ce que tu me trouves donc, Eugénie ? Qu’est-ce qu’une fille comme toi, une fille qui a tout, une fille intelligente, belle, en bonne santé, une fille du meilleur monde, peut trouver à un garçon dans mon genre ?

- Tu es vrai.

Elle me serre fort, très fort dans ses bras.

- Tu n’es pas comme les garçons du lycée, ni comme les types de mon rallye, toujours à jouer un rôle. A se prétendre meilleurs que les autres alors qu’ils crèvent de trouille. A regarder les filles de haut parce qu’ils n’osent pas les inviter à danser. A se prendre pour des bêtes de concours, comme Gaspard, le cousin de Gonzague. Quand je suis avec toi, je sais avec qui je suis. J’ai vu tes défauts, je connais tes faiblesses. Tes qualités n’en sont que plus apparentes. Tu es le garçon le plus gentil, le moins égoïste que je connaisse. Et tu es l’homme que j’aime.

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- Tout va bien ?

- A vous de me le dire.

- Tu as l’air d’accepter.

- Parce que j’ai le choix ? Que Sa volonté soit faite, Elisabeth. Et la vôtre.

- La mienne serait de te voir vivre heureux pendant de longues années. Ca me fait mal, que tu en doutes. La Sienne, par contre, rejoint la tienne, au moins sur un point.

- Ah oui ? Je me demande bien lequel.

- Il veut te voir paraître devant lui comme un homme de bien.

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