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29/08/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 17

Nathanaël. Part 2


- Comme un homme de bien ? Mais le suis-je devenu ?

- Je crois qu'au fond de toi, tu l'as toujours été.

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Je n'ai jamais été très proche de Nathanaël, même s'il a mon âge, ou à peu près. Je fais des efforts pour tenter de le comprendre, mais ce n'est pas facile. Il y a chez ce garçon quelque chose de déroutant. Et il n'est pas vraiment du genre à parler de lui-même. Je me doute que si je partage sa chambre, ce n'est pas par hasard. Plus rien désormais, ne m'arrive par hasard. Seulement, comment aider quelqu'un dont on ne sait pas pourquoi il va mal ?

Il a à mon égard une attitude bizarre. Ma fragilité l'agace, l'irrite au plus haut point, et l'irrite plus encore le traitement de faveur dont je jouis auprès de l'équipe soignante. Ce n'est pas parce que je suis malade que, selon lui je ne dois pas être traîté comme tout le monde. D'ailleurs, ici, tout le monde est malade. Je ne peux pas lui donner tort, mais je n'arrive pas à saisir pourquoi cette situation le dérange, et lui seul, à ce point. Je ne saisis pas non plus pourquoi il lui arrrive, la nuit, de vérifier ma température, de me recouvrir pour m'éviter de prendre froid, de me regarder respirer et dormir. Bref de prendre soin de moi. Je ne sais comment lui demander ses raisons d'agir ainsi. Il est rétif Nathanaël, et muet comme une tombe quand il s'agit de lui.

Je ne vois qu'une façon de l'apprivoiser. Nathanaël est un supporter fanatique du Paris-Saint-Germain. Pire c'est un hooligan. Il se bagarre volontiers pour un but refusé où l'attitude qu'il juge déplaisante d'un joueur de ballon. Je crois même qu'il tuerait pour ça. Je n'ai rien contre le football. J'aime, à l'occasion, regarder un bon match, et plus encore taper dans la baballe. Mais le fanatisme de Nathanaël me déroute.

- Est-ce que tu as un seul vêtement qui ne soit pas aux couleurs de ton club ?

Je lui pose la question alors qu'il vient d'enfiler un magnifique - et fort coûteux - pyjama rouge et bleu. Pyjama, oui.... même pour dormir.

- Ca te regarde ?

- Non. Ca m'intéresse, c'est tout.

- Tous mes vêtements sont aux couleurs du club. Absolument tous. Aux couleurs de ma famille.

- Ta famille ?

- Ma vraie famille. Celle pour qui je compte. Celle pour qui j'existe. Pas "les autres".

"Les autres" viennent lui rendre visite deux fois par semaines...

- Ils le font parce qu'ils le doivent. Parce qu'ils se sentent forcés. Parce qu'ils culpabilisent, peut-être, de ne pas m'aimer.

- Tu ne crois pas que tu exagères ? Ils ont l'air gentil tes parents.

- Gentils ? Tu ne comprends pas. Je n'existe pas, à leurs yeux. Je suis invisible, transparent. Oh, je sais ce que tu vas me répondre. Que je ne mesure pas la chance que j'ai, d'en avoir, des parents. Et des qui sont toujours ensemble, en plus. Que toi tu n'en as pas eu, et que tu t'en contenterais bien de mes parents. Qu'en plus, je ne suis pas con, et que je suis en bonne santé, et que, là-dessus non plus, je ne mesure pas ma chance. Tout le monde me la jette à la figure, ma chance, depuis que j'ai dix ans. Ma chance ? Je pourrais crever, qu'ils ne le verraient même pas. Je me bourrais la gueule tous les jours, dans ma chambre et ils ne l'ont jamais remarqué. Jamais. Ils ne me voient pas. Ils ne voient qu'elle.

- Elle ?

- Gabrielle. Ma soeur Gabrielle.

 

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