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01/09/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 19

Nathanaël. Part 4.


- Je ne sais pas. Parce que je t’aime, je suppose ? Et que j’ai peur de te perdre.

- Papa a raison. Tu n’arrêtes pas de dire des bêtises. Tu ne me perdras jamais.

Elle prends mon visage entre ses mains, plonge ses yeux clairs dans les miens. Je frissonne quand elle m’embrasse. Je ne la désire pas. Plus. Je suis au-delà du désir. J’ai besoin d’elle. Elle n’est qu’une enfant. Une gosse de riches…

- Tu as l’air si fatigué, si fragile. Il ne faut pas que tu restes tout seul. Tu viendras habiter chez nous, après ta cure. Nous aurons de la place, puisqu’Isabelle sera partie. Toute la place nécessaire. Tu resteras le temps qu’il faudra. Jusqu’à ce que tu ailles bien. Et même plus, si tu veux.

Je l’écoute. Je ne la contrarie pas. Je me noie dans ses mots. Dans ce rêve. Mon rêve…

- Ta mère ne voudra jamais.

- Ma mère a déjà dit « oui ». C’est son côté « dame patronnesse ». De plus, elle a l’habitude d’avoir sous son toit un enfant malade.

Je ne suis plus un enfant. Isabelle encore moins. Mais à propos d’enfant malade…

- Tu n’en as jamais été jalouse ? D’Isabelle, je veux dire…

- D’Isabelle ?

Elle réfléchit. Hésite. Se lance enfin.

- Si, Jérémy. Souvent. Je sais que ce n’est pas bien, pourtant. Mais un enfant malade, dans une maison, passe avant les autres. Toujours. C’est normal, mais parfois difficile à vivre. Je n’en aime pas moins ma sœur.

- Et tu la défends, comme une louve !

- Je ne te connaissais pas, ce jour-là. Je te demande pardon.

- Tu n’as pas à me demander pardon. Je voulais réintroduire le loup dans la bergerie.

- Tu en as même introduit deux. Dont un pour la louve.

Six heures sonnent au clocher de l’église. L’heure pour nous de rejoindre la Résidence. De nous quitter. L’heure pour moi de retrouver Aurore, Nathanaël, et ma prison.

Eugénie m’embrasse une dernière fois.

- Papa viendra te chercher, Samedi matin. Nous aurons des courses à faire.

- Essayer mon uniforme de pingouin ? Je serai ridicule, là-dedans. Je suis un jeune à capuche !

- Tout le monde est ridicule, en habit. Mais tu es le témoin du marié. Et c’est la tradition de se déguiser, pour l’occasion. Je suis curieuse, de te voir ainsi vêtu.

- Je suis curieux, de t’admirer en robe de princesse. Je t’aime, Eugénie.

- Je t’aime.

La porte se referme sur moi. Sur elle. J’ai l’intuition que c’est pour la dernière fois.

…………………………………………………………………………………………………...

- Je suis curieuse de t’admirer, en habit.

Je hausse les épaules.

J’ai refermé sur moi la porte de ma chambre. Je suis seul, comme on peut l’être avec un Ange à son chevet. Un Ange qui, pour le coup, ressemble à une princesse.

- Iseut ? Galadriel ?

- Je ne suis pas une souveraine. Seulement une pute, à la base.

- Il m’est arrivé, à moi aussi, de faire la pute. Est-ce indispensable, pour devenir un Ange ?

- Il faut avoir connu le fond du désespoir, et l’absolu de l’Amour. Je crois que tu es prêt, à présent.

- C’est pour ce soir ?

- Non. Pas ici. Pas dans la chambre du frère de Gabrielle. J’ai dit que je voulais t’admirer en habit.

- Alors… Samedi ? C’est drôle. J’ai toujours cru que je mourrais ici. Comment, Elisabeth ?

- Je ne sais pas.

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