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02/09/2010

Les Trois Miracles de Jérémy - Part 20

Nathanaël. Part 4


- Je ne sais pas. Et même si je savais… Samedi. C’est tout ce que je peux te dire.

- Vous serez là ? J’ai peur, Elisabeth. Si vous saviez comme j’ai peur !

- Je sais, Jérémy. Je suis passée par là, l’aurais-tu oublié ? Je serai près de toi.

Elle me pose un long, et très doux baiser sur le front. Je ressens ses regrets, son chagrin, presqu’aussi intense que le mien.

- Le Procureur avait raison. Tu ne seras plus jamais seul, Jérémy.

…………………………………………………………………………………………………...

J’ai laissé pour Aurore une lettre sous mon oreiller. Juste ces quelques mots : « J’aurais voulu que tu sois ma maman. Et pendant quelques semaines, tu l’as été. Je t’aime. Jérémy. ». Je me suis arrangé pour passer auprès d’elle les deux jours qui me restaient à vivre à la Résidence, mais je ne lui ai pas dit « au revoir » lorsque le Procureur est venu me chercher. J’ai seulement agité la main, de loin. J’ai pris place dans la berline allemande, et je suis resté silencieux. Longtemps. Très longtemps. Tout comme le Procureur. Ce n’est qu’à l’entrée de Paris qu’il a rompu le silence.

- Eugénie t’a-t-elle fait part de notre idée ?

- Oui, Monsieur.

- Qu’en penses-tu, mon garçon ?

- J’ai l’impression de rêver…

Je ne puis en dire plus. Ma voix se brise, et je me mets à sangloter. Comme le soir où il m’avait accueilli dans son bureau.

Rêver un impossible rêve… je ne veux pas qu’il soit impossible… je veux une maison… une famille…un père…

Eugénie…

Je ne peux rien lui dire. Il se méprend sur la signification de mes larmes, et c’est très bien comme ça. Il gare la voiture au bord de la route, me prend dans ses bras, tente de m’apaiser. Me promet que je guérirai. Qu’ensuite, je pourrai enfin commencer à vivre. Comme tout le monde. Heureux. Je ne le détrompe pas. Je voudrais tellement commencer à vivre !

- Je vous demande pardon.

- Il n’y a rien à pardonner. Essuie-toi les yeux. Nous allons chercher Eugénie, et manger un morceau. Nous aurons beaucoup à faire, ensuite.

…………………………………………………………………………………………………...

Je n’ai pas grand-chose à dire sur les dernières heures de ma vie.

J’ai vu Eugénie dans sa longue robe bleu pâle. Sa robe de princesse.

J’ai essayé cet habit de pingouin que tous voulaient me voir porter. Il ne me rendait pas ridicule. Juste un peu plus maigrichon, encore, qu’à l’ordinaire.

Je n’ai pas vu la moto arriver, à contre-sens, au moment où j’ouvrais la portière de la Mercédès.

Un choc. Un cri.

Pas même de douleur.

Pardon.

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- Pourquoi comme ça ?

Eugénie est agenouillée sur la chaussée. Son père me tient la main. Il n’y a pas de larmes. Seulement le silence.

Un silence de mort.

- Ce sera plus simple. Pour la greffe. Un jeune homme accidenté. Les documents nécessaires dans sa poche, analyses tissulaires comprises. La receveuse compatible dans le même hôpital. Ce sera beaucoup plus simple.

- Et eux ? Et elle ?

- Elle aura du chagrin. Beaucoup de chagrin.

- Pourquoi, Elisabeth ?

- Les chemins de la Providence sont impénétrables. Tu l’apprendras.

- C’est injuste.

- Je sais.

Les sirènes. L’ambulance. L’hôpital.

Eugénie effondrée dans les bras de son père.

- Elle attend un enfant. Ton enfant.

Non…

- Il faut lâcher prise, à présent. Viens.

Elle m’entoure les épaules.

- Il est temps de rencontrer ton Dieu. Comme un homme de bien.

Commentaires

"Un homme de bien", tu parles... l'a un drôle de sens de l'humour, ce dieu-là. ^_^

Écrit par : Laegalad | 03/09/2010

L'est surtout cruel, ce Dieu-là...

Écrit par : lambertine | 03/09/2010

Les commentaires sont fermés.