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23/09/2010

On n'attire pas les mouches avec du vinaigre

Ou : pourquoi les professeurs de français s'obstinaient-ils à faire lire aux ados des oeuvres pas très passionnantes ?


Hier, à la télé : La Peau de Chagrin d'après Honoré de Balzac. Je ne parlerai pas de l'adaptation, je n'ai pas la fibres assez balzacienne pour ça. Je tirerai seulement mon chapeau à Jean-Pierre Marielle pour ses brèves apparitions "diabolico-enchanteresses". J'en profiterai seulement pour dire que La Peau de Chagrin est l'oeuvre de Balzac que je préfère. Parce qu'elle est romanesque, romantique, et fantastique, et que, moi, le fantastique, j'adore (ah bon, vous aviez deviné...). Et parce que j'ai envie de baffer Raphaël, et que ça ne me déplaît pas, d'avoir envie de baffer un personnage imaginaire.

Mais là n'est pas le sujet de ce post (enfin, un peu quand même : lisez La Peau de Chagrin, si vous en avez l'occasion, et si vous aimez les histoires qui parlent de Destin, et qui finissent mal).

J'ai découvert Balzac à 13 ans et demi, avec Le Père Goriot. Lecture obligatoire, en 5ème Latine. Un pensum inintéressant de chez inintéressant, pour une gamine dans mon genre. De la même façon, j'ai découvert Flaubert, et Madame Bovary. La barbe ! Je ne parlerai pas de Mauriac et du Noeud de Vipères (parce que, là, mon dégoût a été tel que je n'ai plus jamais rien ouvert de Mauriac, par la suite). Ces livres, et bien d'autres, ont failli me dégoûter à jamais de la lecture. J'ai passé plusieurs années, après ma rhétorique, sans ouvrir un livre. Et je ne crois pas être seule dans le cas.

Je conçois parfaitemennt que l'enseignement du français passe par celui de la littérature, et des "grands auteurs" qui font partie de notre patrimoine culturel (quoique, les grands peintres et les grands musiciens font également partie de ce patrimoine, et aucun professeur ne nous enseign Rubens ni Grétry...). mais pourquoi, diable, faut-il que les oeuvres "imposées" de ces mêmes auteurs soient les moins palpitantes, les moins, selon moi, adaptées aux adolescents ? Pourquoi Le Père Goriot, et pas La Peau de Chagrin ? Pourquoi madame Bovary, et pas Salambô ? Pourquoi Une Vie, et pas Boule de Suif ? J'aimais lire, beaucoup, les grands auteurs, et les autres, mais les "lectures imposées" ont failli me persuader à jamais que, lire, et particulièrement, lire les grands auteurs, c'était ennuyeux à mourir.

Je suis réconciliée, désormais, avec la littérature (même si, à mon âge, je préfère toujours partir pour Carthage que pour la campagne normande...) mais il m'a fallu du temps (et le souvenir de plaisirs extra-scolaires, tels la Peau de Chagrin), et j'en veux, un peu, aux programmes scolaires qui m'en ont éloignée aussi longtemps. Et j'envie mes enfants qui, eux, ont pu choisir leurs lectures (sur une liste imposée, quand même), et sont venus, d'eux mêmes, à Diderot, Proust et Dostoïevski.

Commentaires

Bonjour, chère Dame Lamberte, à qui je viens rendre visite comme vous me rendez visite avec une belle et flatteuse fidélité...

Je n'ai pas regardé La peau de chagrin, mais Arte (le voyage des réfugiés juifs sur le St Louis vers La Havane, et leur retour), ce dernier sujet m'attirant plus que le premier.

"C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar..."

Je n'ai pas oublié l'incipit du magnifique Salambô de ce cher Gustave Flaubert, un livre que j'ai lu à quinze ans, peut-être, relu bien plus tard, il y a seulement quelques années, avec en prime le plaisir tactile du papier bible de La Pléiade et visuel de la typographie en Garamond. Sans oublier la magnifique adaptation réalisée par Philippe Druillet, un des grands illustrateurs et auteurs de bandes dessinées (encore que je n'aime pas beaucoup, pour lui, ce qualificatif) de notre époque.

Je comprends bien ce que vous dites au sujet des grands auteurs qu'il faut avoir lu, et des mêmes oeuvres qui reviennent sans cesse dans les listes de livres. C'est vrai qu’il y a de la faiblesse à ne pas prendre le risque de changer de sujet d'une année sur l'autre, et de la paresse aussi parfois. Mais, même si cela rebute certains, je ne pense pas que ce soit là le véritable obstacle.

Selon moi, il y aura toujours (?) des "lecteurs", des gens qui iront chercher des livres, et dans les livres, des réponses, ou des questions, qui vont enrichir leur vie. Et il y aura toujours, dans chaque vie, des moments, des phases qui seront consacrées à la lecture. Et si, dans ce monde où nous vivons, on semble lire si peu, ou d'une manière si peu originale dans nos écoles, c'est peut-être aussi parce que nous sommes tous saisis par la tenaille du conformisme intellectuel et idéologique, si j'ose dire.

Mes enfants ne lisent presque pas, ce qui me désole, surtout à 16 ou 18 ans, l’âge des grandes chevauchées littéraires. Mais ils lisent aussi d'autres choses que celles qui m'attiraient, et ils voient (vidéo) et entendent (audio) bien des choses auxquelles je n'avais pas accès, dont je n'imaginais pas l'existence...

Ainsi le monde va, un chemin qui nous déconcerte.

Merci d'être de ceux qui en éclairent un peu les contours.

RH

Écrit par : Régis Hulot | 25/09/2010

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