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03/10/2010

Aragorn sous l'Argonath. Part 2.

Part 2.


Le Réal. Tongres. Trois heures du matin. Nous étions une bande de copains, jeunes, et pas très sérieux, comme la plupart des jeunes. Nous nous croyions invincibles. Nous nous croyions immortels. Ce samedi-là, ou plutôt ce dimanche, puisqu'il était trois heures du matin, nous avions beaucoup bu. Pris d'autres choses aussi. Extas. Cocaïne. Pas vraiment de quoi s'en faire. Nous gérions, et, de plus, ces crasses-là tiennent éveillé. Comme le Red Bull dans la vodka. Alors, pourquoi s'en faire ? Pourquoi ne pas prendre le volant ? Nous étions en pleine forme. Enfin, Mansour et Marianne prétendaient être en pleine forme. Et Liège n'était pas si loin. Pas loin du tout. Tout près. Une paille.

Il pleuvait, cette nuit-là. Un crachin belge, pas une drache nationale. Un temps de Toussaint, comme disait ma grand-mère. J'avais froid. Alain avait posé sa veste sur mes épaules. Nous avions pris place tous les deux dans la voiture de Mansour, avec Lydie et François. Les autres s'étaient entassés dans la berline de Marianne. Dans la Mercédès des parents de Marianne et d'Alain. Celles qu'ils avaient confié à leurs enfants, ce soir-là. Parce que c'est solide, une Mercédès. Parce que ça tient bien la route. Parce qu'on y est plus en sécurité que dans une Golf vieille de 15 ans. Ils le croyaient, mes futurs beaux-parents. Dur comme fer. Bien plus dur que les tôles de la voiture allemande.

Marianne avait dix-neuf ans. Elle n'avait son permis que depuis vingt-trois jours. Vingt-trois, pas un de moins. Etait-ce son inexpérience ? Etait-ce la sûreté d'elle-même induite par la cocaïne ? Etait-ce la fatigue, l'alcool, l'inattention ? Etait-ce le crachin sur les feuilles d'automne ? Ou bien le tout, mêlé pour entraîner la mort ? J'ai vu la Mercédès déraper, tanguer, quitter la route. J'ai vu les quatre tonneaux, et la chute dans le lit du Gers. Je me suis entendue crier, hurler. Mansour a garé la golf, a couru vers le lieu de l'accident. Alain restait prostré, sans mot dire. Lydie a appelé le 100.

Police. Ambulances. Que se passait-il ? J'étais dans les vapes. L'alcool. la drogue. La fatigue d'une nuit de fête. Un homme parlait à Alain, qui tombait à genoux dans la boue.

Ils sont morts, cette nuit-là. Marianne. Justine. Aïcha. Romain.

Seul Vincent vivait encore.

Vincent...

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Un serveur nous présente un plateau de coupes de Champagne. Des coupes, pas des flûtes, comme au début du siècle dernier. J'en prends une, Alain refuse, demande une boisson non alcoolisée. Il a cessé de boire le jour de l'accident. Il a cessé d'user de stupéfiants. Pas moi. Je me suis seulement assagie.

- Apolline ?

- Madame L'Herbier ?

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