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06/10/2010

Innocence ?

Mon Dieu (si vous existez), faites que je ne sois jamais juré !


J'ai, dans ma jeunesse, suivi des études de Droit. Jamais, cependant, je n'ai envisagé de devenir juge. Je n'ai pas les épaules assez solides pour ça. Mais, il y a pire situation, dans un tribunal, que celle du juge. C'est (mis à part celle du prévenu, ou de l'accusé, bien entendu) celle de juré d'Assises.

Un juge, au civil, ou en correctionnelle, se voit tenu de motiver ses jugements. Il juge "en droit" autant qu'il juge les faits. Un juré d'Assises juge les crimes les plus graves (les autres étant correctionnalisés) en se basant sur son intime conviction. mais sur quoi est fondée cette "intime conviction" ? Sur les preuves matérielles, bien entendu. Mais quand celles-ci sont absentes ? Les aveux ? Je me éfie comme de la peste de ces derniers. Les témoignages ? Mais un témoin, ou même plusieurs, peuvent se tromper. Ou mentir. La personnalité de l'accusé ? Son attitude durant l'audience ? Là, je deviens très très méfiante.

Pourquoi ? Parce que ce n'est pas parce que quelqu'un est "un salaud", "une petite frappe", "un drogué" ou "un délinquant d'habitude" qu'il a commis, précisément, l'acte dont il est accusé dans ce cas précis. Un violeur en série peut se trouver près du lieu d'un viol sans être coupable de ce viol-là. Un braqueur peut se trouver dans une banque attaquée sans être complice. C'est normal, c'est humain de les soupçonner, mais, leur passé ne prouve rien, sinon qu'ils ne sont pas des "honnêtes citoyens".

Quant à l'attitude du prévenu... alors là ! Mais il n'y a rien de plus trompeur que l'apparence ! La peur panique cachée sous l'arrogance, le chagrin trop violent camouflé sous un masque d'indifférence, la haine derrière les mots d'amour, le désespoir en forme d'agressivité, le repentir masqué en colère, la colère rentrée, la méchanceté geignarde, les larmes de crocodile, sont trop fréquentes, font trop partie des mécanismes de défense de l'être humain, pour que je puisse leur accorder le moindre crédit.

Mais je veux bien admettre que je serais un très mauvais juré.

 

Commentaires

En classe de terminale, le prof de philo nous avait emmenés, 3 jours durant, suivre un procès d'assises. Ce jour-là, pour la première fois, je me suis dit "mon dieu (si vous existez), faites que je ne sois jamais jurée"...
Si je ne suis pas contre le principe du jury populaire, loin de là, j'ai pourtant du mal à accepter qu'une personne soit condamnée ou relaxée au gré de la subjectivité du jury. Et pourtant, quand les preuves sont minces et qu'il faut bien juger tout de même, comment juger objectivement ?
Le métier de juge est difficile mais il est le fruit d'un choix ; le rôle de juré, lui, vous tombe dessus sans que vous ayez rien fait pour cela sinon vous inscrire sur les listes électorales.
Effectivement, voilà qui fait frémir.
Excellent billet, merci.

Écrit par : Cassiopée | 10/10/2010

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