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23/10/2010

A la barre...

Et si - ce qu'à Dieu ne plaise - je devais raconter une victime à la barre ?


Une des questions qui m'est venue à l'esprit suite à l'actualité judiciaire, c'est : si le malheur voulait qu'un membtre de mon entourage proche soit victime d'un meutre, aurais-je la force de le décrire tel qu'il était, ou du moins tel que je le connaissait, et non de l'idéaliser, de le canoniser avant l'heure ?,

Je crois qu'il est humain, plus qu'humain, lorsqu'une personne est victime d'une agression, à fortiori si cette agression est mortelle, de voir d'abord en elle "le gentil" de l'histoire. Il est tout aussi humain de se rappeler avant tout les bons côtés d'un mort. Et je crois donc, j'en suis même persuadée, que si j'étais appelée à la barre, j'aurais tendance moi aussi à gommer les défauts voire les turpitudes, voire pire encore, de mon "cher disparu. Je crois que je le ferais, mais j'aurais tort.

Un tribunal n'est pas une église. Ce n'est pas le lieu des éloges funèbres, mais celui où doit être dite la vérité, pour que puisse se faire la lumière. Une affaire pénale est la conséquense, l'aboutissement d'une histoire. Une histoire d'être de chair et de sang et, souvent, de passion et d'argent. De sexe aussi. De pouvoir. De souffrance. C'est la connaissance de cette histoire qui peut seule permettrede rendre la justice. De comprendre le pourquoi et le comment d'un acte, de retrouver le criminel, et de le sanctionner, non en fonction de nos fantasmes, mais de ce qu'il a fait, et des circonstances dans lesquelles il l'a fait.

Idéaliser une victime, c'est risquer de passer à côté de preuves et d'indices. C'est surtout risquer de passer à côté du mobile, qui mène souvent au meurtrier. Une victime assassinée, c'est quelqu'un que quelqu'un a voulu tuer. Savoir pourquoi, c'est essentiel. Et c'est aussi le seul moyen de lui rendre hommage, à elle, telle qu'elle était, et non à une image.

Commentaires

Dame Lamberte, c'est oublier le sentiment de culpabilité des survivants. C'est idiot, c'est inutile, ça n'a aucun sens, mais c'est un fait. Elle est toujours, ou presque, présente à chaque décès, même lorsqu'il s'agit d'une mort naturelle ou accidentelle, alors après un assassinat ...

C'est surtout pour ça que les proches se sentent incapables de dire du mal du défunt, et d'autant plus s'ils avaient quelques raisons de lui en vouloir. Ça bloque, c'est tout.

Écrit par : Melilot | 24/10/2010

Oui. Peut-être. Sans doute. Je comprends que les survivants se sentent coupables. Je me sens moi-même terriblement coupable de la mort (naturelle) de mes proches. Et je me sens inhumaine de parler comme ça. Et pourtant, l'idéalisation des victimes me met profondément mal à l'aise. L'idéalisation des morts en général me met d'ailleurs mal à l'aise. Comme si la mort effaçait les défauts. Comme si la mort effaçait la personnalité, rendait les personnes éthérées et parfaites.

N'est-ce pas une seconde mort de n'être plus dans la mémoire des autres qu'un ange ?

Écrit par : lambertine | 24/10/2010

"profondément inhumaine"? Certainement pas! C'est totalement humain, et de se sentir coupable de la mort d'un proche (même sachant qu'on y est pour rien : c'est toujours le jeu du "si..."), - et d'être choqué par l'idéalisation des victimes : nous savons pertinemment bien que c'est une imposture. Mais ça aide les proches survivants à vivre. Tout ce qui peut aider à vivre, dans ces cas-là, est bon à prendre, et peu importe que ce soit juste ou non, bien ou mal, vrai ou faux.

Une seconde mort? Je ne pense pas. Où qu'ils puissent être et quoi qu'on puisse croire. Au pire, ils sont morts, disparus, et s'en fichent. Au mieux, si... , au cas où.... Pour ma part en tout cas, je préfèrerais qu'on ne garde que les bons souvenirs, et qu'on oublie les glauques. Et la Justice et la Vérité avec majuscules n'ont rien à voir là-dedans. Tout ce qui compte, c'est de rendre la vie supportable après un drame, de rendre la vie aux vivants. Sans quoi on coule avec et on meurt aussi, au moral ou au physique.

En gros, ce que j'essaie de dire, c'est que ce n'est peut-être pas juste pour la mémoire des morts (et certainement pas bénéfique à une procédure judiciaire), mais que c'est bon pour les survivants.

Et pis, on en causera, à l'occasion, va.

Bisous.

Écrit par : Melilot | 24/10/2010

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