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01/11/2010

Miroir aux alouettes

Contrôle populaire ?


Les récentes affaires criminelles ont remis sur le devant de la scène le jury populaire. Je n'aime pas trop cette institution. Parce que je ne me sens pas capable d'être juré. Et parce que je n'aimerais pas être jugée par des amateurs. J'ai l'impression que l'idée que la vérité sorte inévitablement des délibérations de douze personnes tirées au sort relève de la "pensée magique". Mais j'admet que l'on puisse adhérer à cette façon de rendre la justice.

Ce que j'ai plus difficile à admettre, c'est que l'on considère que le jury d'assises est un "contrôle du pouvoir judiciaire par le peuple". D'abord, pace que ce n'est pas un contrôle, mais un exercice : les jurés jugent, ils ne contrôlent pas. Ensuite, et surtout, parce que la cour d'assises n'est que la pointe de la partie émergée de l'iceberg de la justice. Celle dont on parle le plus, celle qui "passe à la télévision" et fait la une des journaux. Mais celle aussi à laquelle l'immense majorité des citoyens n'auront jamais à faire. Imaginer que le citoyen de base - qu'il soit SDF ou professeur d'université, là n'est pas la question - a le moindre regard sur le pouvoir judiciaire et son exercice quotidien, non seulement dans les cours et triunaux, mais en amont et en aval de ceux-ci, parce que quelques citoyens auront à y participer dans le cadre des procès d'assises, c'est un leurre. Un miroir aux alouettes.

Parce que l'essentiel de la justice, celle qui influe quotidiennement sur la vie de millions de citoyens, ce n'est pas celle qui juge les tragédies shaekespeariennes et les thrillers melvilliens racontés par les ténors du barreau devant les chroniqueurs réputés des grands quotidiens nationaux. La justice, c'est d'abord la justice civile, celle qui s'occupe des contrats de bail et des gardes d'enfant. C'est la justice de proximité, qui est censée résoudre les conflits de voisinage qui pourrissent la vie des quartiers. Loyers impayés, conflits familiaux, harcèlement au travail, deal de rue, vols à l'étalage, accidents de roulage, ne sont jamais jugés par "monsieurs et madame tout le monde". Pas plus que les délits correctionnels, qui peuvent avoir entraîné mort d'homme. Le seul contrôle "populaire" de ces procès, c'est la publicité de l'audience.

Alors, oui, ça me fait un peu peur lorsque le jury d'assise est brandi comme argument d'un contrôle démocratique du pouvoir judiciaire. Parce qu'il ne l'est pas, et que l'essentiel lui échappe. Et parce que cet argument a tendance à réduire la justice à l'arbre qui cache la forêt.

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