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10/11/2010

Sans domicile fixe

C'est parfois ça, une victime...


Les convoyeurs de fond de la Brinks sont en grève.

Une grève de plus, sns doute, dans un environnement politique et social troublé. Sans doute. Mais j'éprouve une sympathie réelle pour ces grévistes-ci. Pour ces types qui risquent leur peau en transportant des sommes colossales pour un salaire minime et dont on voudrait encore raboter le statut. Peut-être parce que j'ai connu Laurent.

Je l'ai rencontré en désintox, Laurent. Il venait à la rue. Sans Domicile Fixe depuis plus de dix ans. Alcoolique au dernier degré. Quel âge avait-il ? Il ne le savait plus. Peut-être cinquante ans. Peut-être soixante-cinq. Je n'ai jamais été douée pour donner un âge aux gens. Il avait été marié. Il avait une fille, du moins le croyait-il. Une petite, ou une grande. Sans doute une grande, vu son histoire à lui. Il ne l'avait plus vue depuis des années.

Il nous parlait parfois de son métier. De son ancien métier de convoyeur de fonds. Comme d'un secret. Comme d'un de ces trésors dont il avait la charge. Il l'avait aimé, son métier. Et il en était fier. A en mourir.

Comme étaient morts ses collègues.

Attaque à main armée.

Laurent était resté en vie.

Il avait commencé à sombrer.

A boire. Pour oublier. Le sang. La mort. L'échec. Le fait d'avoir survécu.

La main dans l'engrenage. Le départ de sa femme. L'incapacité de travail. Les cauchemars. La rue. La rue. Et la rue encore.

La désintox.

Il n'est pas resté longtemps là-bas. Il n'arrivait pas vraiment à réapprendre à vivre. A se laver chaque jour. A ne plus chaparder. A faire confiance aux autres.

Il a rechuté lors de sa première sortie. Renvoi, et retour à la rue.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu, depuis. Je ne sais pas s'il est encore en vie. Mais ses collègues en grève me font penser à lui.

Salut, Camarade !

Commentaires

Toujours délicate, Madame, respectueuse des autres, trouvant en eux un peu, même très peu, de ce qui ressemble à de la fraternité.

Merci de votre fidélité.

Écrit par : Regis Hulot | 30/11/2010

Merci, Monsieur Hulot.

Écrit par : lambertine | 15/12/2010

Les commentaires sont fermés.