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25/04/2011

Aragorn sous l'Argonath. Part 10

Part 10


J'avais quitté la chambre, couru dans le couloir à la recherche d'un médecin, ou d'une infirmière, ou de quelqu'un, juste quelqu'un. Une femme en blanc m'avait saisie par le bras, sommée de me taire. J'avais insisté.

- Il s'est réveillé !

- Votre ami, ça m'étonnerait. Nous l'aurions remarqué, sur le moniteur.

- Pas Vincent. Son compagnon de chambre.

- Allons, Mademoiselle. Ne dites pas n'importe quoi. Nous l'aurions remarqué, là aussi. Et ce garçon n'a aucune chance de se réveiller un jour. Aucune.

Elle n'avait pas voulu me croire. Personne n'avait voulu nous croire, Madame L'Herbier et moi. Et pourtant, nous avions bel et bien croisé le regard d'Henri, vivant et calme.

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- Pourquoi ce bouquin ? Pourquoi lisais-tu précisément ce bouquin-là, à l'hôpital ?

- Le Seigneur des Anneaux ? Je n'en sais rien. Je l'avais trouvé dans l'herbe, sur le lieu de l'accident. Sans doute un signe du Ciel. Tu l'avais déjà lu, avant ?

- Non. Mais je l'ai relu, après.

- Relu ? Mais, tu viens de dire...

- Je n'ai aucun souvenir de t'avoir entendu dans mon coma. Mais, quand plus tard j'ai pris le livre, que je l'ai lu dans ma chambre de convalescent, j'en connaissais chacun des mots, chacune des phrases. Comme si elles résonnaient en moi, au plus profond de mon être. Au plus profond de mon âme.

- C'est bizarre.

- Non. C'est juste un miracle.

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La vie, pour peu que l'on puisse lui donner ce nom, avait repris son cours. Vincent restait prostré dans l'inconscience, et Henri refermé les yeux, sans doute à jamais. Je continuais à leur rendre visite. Leur, parce que je sentais qu'un lien s'était créé entre moi, ou du moins les mots qui sortaient de ma bouche, et le jeune homme qui avait fait le choix de mourir.

Ou la vue fait defaut la terre peut encore nous apporter quelque rumeur, dit Aragom. La terre doit gemir sous leurs detestables pieds. Il s'allongea sur le sol, l'oreille pressee contre le gazon. Il resta la sans mouvement si longtemps que Gimli se demanda s'il s'etait evanoui ou s'il s'etait rendormi. Les premieres lueurs de l'aube parurent, et une lumiere grise les entoura lentement. Il finit par se relever, et ses amis purent alors voir son visage : il etait pale et tire, et l'aspect en etait trouble.

Pour peu que mourir fût vraiment un choix de sa part.


 

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