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01/05/2011

Ich bin kein Berliner

Ma souffrance n'est pas la vôtre. Ne croyez pas pouvoir me la prendre !


Au plein coeur de la guerre froide, en 1963, le Président Kennedy s'écriait en plein coeur de Berlin : "Ich bin ein Berliner". Au plus fort de l'affaire Dutroux, les titres de journaux proclamaient que les victimes étaient nos enfants à tous. Hier, sur un site consacré à la sexualité, je lisais le commentaire d'un homme affirmant que la souffrance des femmes violées était "la sienne".

Et je dis "non". "Non, halte là" !

Le président Kennedy n'a jamais vécu dans une ville entourée par un mur la séparant du territoire ennemi. Il n'a pas vécu séparé de sa famille par une frontière de béton et de barbelés séparant desx systèmes politiques. Il a vécu de grands malheurs, certes, et accompli de bonnes choses, mais il n'étais pas berlinois. Pas plus que nous n'avons vécu dans notre chaire et notre amour de parents la disparition et la mort de Julie et Mélissa. Les cris et les rires de ces fillettes ne nous manquent pas. Ce n'est pas nous qui ne les borderons plus dans leur lit, qui ne vivront pas leurs émois amoureux, à qui elles ne donneront pas de petits-enfants. Ce ne sont pas les hommes non-victimes de viol (car il y a aussi des hommes victimes, ne l'oublions pas) qui ont senti sur leur corps des mains indésirables, qui se sont fait pénétrer par un sexe honni, qui se sont sentis salis dans leur chair et dans leur âme.

Ne croyez-pas que je rejette la compassion. Loin de là ! Mais je suis irritée, et souvent révoltée, par ces personnes qui, croyant bien faire, prétendent "se mettre à la place" de ceux qui souffrent. Parce qu'ils n'y sont pas, à leur place. Parce que cette souffrance n'est pas la leur. Parce qu'elle appartient aux victimes, et qu'elle est parfois la seule chose qui leur reste. Parce que vouloir se l'accaparer, la diluer dans un cercle social de plus en plus large, c'est en déposséder ceux qui la vivent au quotidien et, quelque part, la nier.

Non, je ne rejette pas la compassion (la pitié, si, mais c'est un autre débat). Je rejette cette pseudo-empathie qui nous fait croire que nous sommes malheureux pour ensuite passer à autre chose (et peut-être oublier nos propres malheurs). Je rejette ce sentiment qui nous donne bonne conscience, plutôt que de nous inciter à nous battre vraiment contre les injustices, à tendre la main à ceux qui sont dans la souffrance, à leur offrir, non notre chagrin, mais notre force et notre aide.

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