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19/05/2011

Incrédulité

"C'est pire qu'un crime, Sire, c'est une erreur" Joseph Fouché


Comme tout le monde, je crois, j'ai été estomaquée en apprenant l'arrestation pour viol de Domonique Strauss-Kahn. Et comme la plupart des gens, j'ai eu du mal à le croire coupable (l'est-il ? C'est à la police, puis à la justice de faire leur travail). Pas parce que j'étais persuadée de la profonde moralité du patron du FMI, connu pour être un chaud lapin, mais parce que j'avais du mal à le croire aussi stupide. Agresser sexuellement une employée d'hôtel, à quelques semaines des primaires socialistes pour les présidentielles françaises, dont il partait grand favori ? Commettre un crime sexuel alors qu'il savait que ses adversaires politiques l'attendaient au tournant du côté de la braguette ? Impensable, tellement ça me semblait (et ça me semble toujours) con. Mais alors con ! Et j'attends quand même du Directeur du FMI et du Président d'une des puissances nucléaires mondiales autre chose que de la bêtise crasse.

Et puis, aussi... je suis comme tout le monde.

J'ai du mal à imaginer un homme, même un chaud lapin, que je "connais", en train de commettre un crime. Qu'un inconnu, un vague nom, une vague photo, viole, braque, assassine, d'accord. Surtout si l'homme (parce que de la part d'une femme, c'est déjà moins envisageable) a une sale tête, se drogue, n'a pas fait d'études, fréquente le milieu. Un Tony Meilhon, un Marc Dutroux, soit. Pas un DSK ! Pas non plus mon voisin de palier, ou l'ami avec qui je vais au cinéma le dimanche. Et pourtant... Et pourtant, une bonne partie des crimes sont commis par des gens biens sous tous rapport, aux antipodes de la petite frappe de banlieue plutôt, elle, abonnée aux délits mineurs. Des gens qui travaillent, ont une famille, paient leurs impôts.  Des gens qui (entendu dans l'affaire Bissonnet) "ne dépassent jamais les limitations de vitesse". Des gens dont on ne se méfie pas, dont on ne voit pas les failles béantes sous la cuirasse de la bienséance sociale. Je crois que c'est humain de réagir ainsi, même si c'est injuste et faux : la possibilité de dévier, de commettre un crime, on la voit d'abord chez l'autre, le différent, l'exclu. Pas chez celui qui nous ressemble, ou à qui nous voudrions ressembler. Parce que la voir chez lui, c'est, quelque part, se rendre compte qu'elle existe aussi chez nous.

Quelques remarques malgré tout.

Les politiques et journalistes français ont été accusés de manquer d'empathie vis à vis de la victime. D'abord, je préfère dire "la plaignante". Ensuite : c'est plutôt normal de s'inquiéter d'abord pour celui que l'on connaît bien, et pour la situation catastrophique qu'il a créée, que pour une inconnue. J'ai tendance - j'ai peut-être tort, mais c'est ainsi - à prendre les paroles de "compassion" (surtout agrémentées de pleurnicheries sur le statut social de la jeune femme qui "ne s'en remettra jamais") pour des formules de politesse creuses et hypocrites. Mieux vaut ne rien dire. Cette personne a été crue, au moins par la police new-yorkaise, par le procureur, par la juge qui a envoyé le patron du FMI dans une prison cradingue. C'est plus important que la pseudo-compassion médiatique de Marine Le Pen (qui, si cette jeune femme avait choisi la France plutôt que les USA comme pays d'accueil n'aurait eu de cesse que de la mettre dans un charter avec sa famille) ou d'une Gisèle Halimi (personnellement, je serais assez vexée qu'on me considère comme incapable de mentir parce que je suis femme, pauvre et noire).

La photo de DSK menoté qui a fait scandale en France : tous les jours, des prévenus, des accusés, des condamnés sont "promenés", menotés, en public, au vu et au su de tout le monde. Ils ont une sale tête ? Oui. C'est normal. Tout le monde aurait une sale tête dans ces conditions. mais bien des gens trouvent ça "normal". Un délinquant, un criminel, ça doit souffrir. Le plus possible. Désolée. Pas d'accord. Pas plus pour Kevin le dealer que pour le patron du FMI accusé de viol.

Ah ! Et si vous vous rendez à New York, évitez le Sofitel de Harlem. Vous risquez de vous y trouver nu face à la femme de chambre ou au garçon d'étage au sortir de la douche.

 

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