Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

02/09/2011

Optimisme...

... et misère.


Je me suis un peu "frittée" avec Koz cette semaine. Parce que je ne partage pas son optimisme. Du moins, pas son genre d'optimisme. Peut-être parce que, juste avant de lui répondre - et juste après lui avoir répondu - j'ai pris la misère de plein fouet dans ma gueule. La misère, et la générosité. Les deux confondues.

J'ai connu moi-même la pauvreté, et la solidarité. J'ai parfois du mal à dire "merci" en public, mais Dame Lilotte se reconnaîtra, qui a fait de sa maison la mienne pour un temps. Mais je n'ai jamais connu ce que j'ai vécu ces dernières semaines. Enfin, vécu... Je n'étais qu'une amie. Et sans doute pas la meilleure qui soit. Pas une observatrice, ou une "blogueuse" en manque de sujet. D'ailleurs, je n'ai pas envie de décrire ce que j'ai vu et vécu. Juste de parler de ces gens, de dire qu'ils existent, que je les aime, et qu'ils valent mieux que bien des gens "bien". Même s'ils se sont drogués. Même s'ils ont connu la prison. Même s'ils n'ont pas la garde de leurs enfants. Même s'ils n'ont pas de travail.

Comme si survivre n'était pas, quelquefois, un travail à part entière.

Je ne donnerai pas de conseil. Je ne dirai à personne d'ouvrir sa porte au clochard qui dort sur les marches de la Bourse (je fais dans le cliché ? Même pas. C'est dingue ce qu'il y a comme clochards dans le quartier de la Bourse). Je ne dirai même à personne d'aller lui parler. A qui bon, si l'on n'en a pas envie. Par contre, je dirai que ces gens ont une âme, une vie derrière eux, et qu'il ne tient qu'à pas grand chose d'en avoir une devant. S'ils arrivent à se réparer. Si on arrive à les réparer, parce que ça ne se fait pas tout seul.

Et je dirai aussi que j'ai vécu en même temps un merveilleux geste de générosité. Un geste tout simple. Juste une porte ouverte. La porte d'un tout petit appartement, où vit un jeune garçon qui n'a pas beaucoup plus que ces sans logis. A part un toit. Et ce canapé, sur lequel ils les a invités à dormir, à plusieurs reprises. malgré ses parents. Malgré les menaces des voisins. Malgré la police. Et malgré moi, je l'avoue. Malgré moi, qui en ai honte, à présent, et qui suis fière de lui.

Non, ce ne sont pas "la frite et la banane" qui changeront le monde. Ce sont des gamins comme celui-là, qui qu'il soit, et quoi qu'il ait fait par ailleurs. Et des personnes comme Dame Lilotte.

 

http://www.koztoujours.fr/?p=12902

Commentaires

Bonjour Dame Lamberte, j'ai pris connaissance de votre blog par l'intermédiaire de celui de Koz. Et j'ai assisté ( lu plutôt) à vos prises de bec. J'ai très bien compris votre position que vous avez défendue bien courageusement. J'avais l'intention d'adresser un commentaire allant dans votre sens mais n'ai pas "envoyé la patate", pensant que celui-ci n'était pas à la hauteur des autres commentaires . En fait, je disais à peu près ceci ( j'étais très énervée): " Allez vous faire rhabiller, Lambertine , avec vos pauvres. Ils n'intéressent personne, pas même le monde catholique. Combien sommes-nous d'ailleurs qui seraient prêts à héberger un seul soir un clochard? Je sais que moi, catholique de gauche, s'il m'arrivait de ramener un de ces paumés dans notre maison, à la campagne, mon catholique-de- droite-de-père-en-fils de mari ( qui ne pratique plus du tout , d'ailleurs) ne l'accepterait pas !! "
Mais oui, pourtant l'espérance est dans ces gestes et faits remplis d'humanité, qui ne se voient pas, qui ne font pas de bruit, qui ne s'exhibent pas, qui ne figurent pas sur des courbes , qui ne se comptabilisent pas ...

Écrit par : Else(Brigitte Papleux) | 02/09/2011

Difficile de démêler la part d'expérience personnelle de la part d'absolu dans tout jugement sur des situations qui nous sont étrangères. La solution la plus simple étant bien sûr de ne pas juger.
Mais quand même, on cherche toujours à se positionner, se dire "j'aurais fait...", ou pas, ce qui amène encore à se juger soi-même.
En revanche, je n'ai aucun mal à éprouver de la gratitude pour ce jeune homme dont vous parlez. Il agit en fonction de ce qui lui semble juste, répond à des demandes au lieu de forcer une aide dont certains ne veulent pas, et - comme vous dites - change le monde.
Et de la gratitude pour vous aussi, qui exposez en quelques lignes à la fois son histoire et les indices pour se positionner face à elle, sans jugement.

Écrit par : Laurent Gidon | 03/09/2011

Merci.

C'est vrai que j'ai du mal à parler "en théorie". Je parle "en pratique" de ce que j'ai pu vivre et voir. Et, bizarrement, peut-être, cette "pratique" me rend optimiste. Pas parce que notre niveau de vie aurait augmenté de je-ne-sais-combien depuis 50 ans (depuis l'époque où la télé était un luxe, les salles de bains rares, et les téléphones portables objets de science-fiction... mais où les ouvriers pouvaient s'offrir un toit, même à Paris). Mais parce qu'il existe des gens bien.
Et ce qui est bizarre, c'est que bien des optimistes autoproclamés ont foi dans le système, mais pas dans les gens...

Écrit par : lambertine | 04/09/2011

Les commentaires sont fermés.