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11/08/2012

Réagissez

J'essaie


... mais visiblement, ça ne plait pas à la modération de La Libre Belgique.

Tout ce que je voudrais, pourtant, c'est témoigner en tant que proche de détenu (enfin, d'ex-détenu) à la prison de Saint-Gilles, en temps de grève.

Je n'ai jamais caché avoir eu un proche derrière les barreaux. Je n'en ai jamais eu honte, comme je n'ai jamais eu honte de lui, bien qu'il ait transgressé la Loi (ce qu'il a fait ? Ca ne regarde personne. J'en parlerai peut-être un jour, s'il me le demande. Mais pas de mon propre chef).

Et la file, devant la prison, je l'ai faite, trois fois par semaine (enfin, plutôt deux fois... le samedi, je m'arrangeais pour arriver à 7 H 30, quand il n'y avait encore personne).

J'ai vécu la grève de l'automne dernier. Celle dont la presse n'a quasi pas parlé, parce que l'Administration pénitentiaire avait ordonné le black-out. Je l'ai vécu de l'extérieur, bien entendu, sachant mon filleul complètemet isolé. Sans téléphone. Sans linge propre (lavant ses chaussettes et ses slips dans l'évier, à l'eau froide et sans savon). Sans possibilité de cantiner. Sans préau. Sans douche, les premiers jours...

Sans visites...

Tous les jours, vers huit heures du matin, j'appelais la prison pour savoir si la grève continuait. Et, tous les jours, on me répondait "oui". Sauf une fois. Une fois, ou un agent - ou un policier -  ma dit "venez quand même, on ne sait jamais". Où je me suis retrouvée sur le trottoir avec mon sac de linge. Et où j'ai rencontré un agent qui m'a expliqué au Bar du Matin quelles étaient ses conditions de travail, et quelles étaient les conditions de vie des détenus. Les conditions que mon filleul essayait de cacher aux siens. Je ne vais pas en rajouter sur celles-ci. Disons qu'en temps de grève, elles sont dix fois plus dures qu'en temps normal, et qu'un bon nombre de prisonniers pètent les plombs.

J'ai eu très peur pendant la grève. J'ai été profondément malheureuse. J'ai redouté le pire pour le gamin fragile qui était enfermé. Mais je ne crois pas en avoir jamais voulu aux matons. Que je n'aime pas appeler matons. Que je préfère appeler "agents pénitentiaires". Agents qui doivent gérer une population  à la fois difficile, violente et désespérée. Agents que l'Etat ne respecte pas, hélas. Agents qui se battaient pour eux, mais aussi pour leurs compagnons de misère, quoi qu'ils aient fait. Agents qui, et pendant la grève, et dans les mois qui ont suivi, ont toujours fait preuve d'un grand professionnalisme, et d'un profond respect, et pour moi en salle de visites, et pour mon filleul en cellule.

Réagissez, disait le journal ?

Je me souviens, et je réagis.

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