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07/12/2013

Archaeologia

Agnès, Alexeï, Indy, et les détectoristes.


Je n'ai rien contre Indiana Jones. Au contraire. Je les trouve très sympathiques, les aventures de l'archéologue-aventurier mis en scène par Steven Spielberg. Comme je n'ai pas grand chose contre les détectoristes qui se baladent avec leur poêle à frire à la recherche de quelques Euros cachés, ou de douilles de la 101ème aéroportée.

Mais...

Parce qu'il y a un "mais".

J'ai été à la rue (bon, d'accord, on s'en fout, mais... Mais, encore une fois...). Et quand j'étais à la rue, j'ai été recueillie par une amie, Agnès, archéologue de son état. Et, vivant avec elle, j'ai compris à quel point l'archéologie, je veux dire l'archéologie réelle et contemporaine, n'a plus grand chose à voir avec les aventures du héros de cinéma. Que l'archéologie n'a plus grand chose à voir avec une chasse aux trésors, même aux trésors historiques, mais recherche bien plus le comment et le pourquoi du passé à travers les restes apparemment insignifiants cachés dans la composition des terres, les fragments de poterie, les résidus de "fosses septiques" et les corps décomposés (entre autres). Ceci dit, sans mépriser les vrais trésors artistiques retrouvés au fil des fouilles ou du hasard par des professionnels, des amateurs éclairés, ou des gens pas éclairés du tout (sans les pas éclairés du tout, Lascaux resterait inconnue).

Ce qui m'agace, et plus encore, c'est l'assimilation de l'archéologie professionnelle et contemporaine, celle qui nous permet de mieux connaître nos ancêtres, avec cette chasse au trésor, au bel objet, en or de préférence. Ou au chef d'oeuvre artistique. L'archéologie, ce n'est pas que l'Histoire de l'Art. C'est aussi - et je dirai même, c'est surtout - l'analyse scientifique des sols entourant les vestiges du passé, de ces sols qui nous disent, par l'intermédiaire de gens comme Agnès, comment vivaient les gens d'autrefois, quel était leur habitat (non, les "hommes préhistoriques" ne vivaient pas, pour la plupart, dans des cavernes), ce qu'ils mangeaient (non, "nos ancêtres les Gaulois" ne se nourrissaient pas de sangliers...), comment ils se déplaçaient, comment ils commerçaient etc... etc... Et si les fibules en or et les statues de Dieux nous parlent d'eux, leurs détritus et les traces de leurs fermes nous en disent tout autant.

Sans doute est-ce grâce à Agnès que j'ai été à ce point touchée par l'exposition Les Courageux, racontant le difficile combat pour la protection du musée de Bagdad et des sites archéologiques d'Irak (autrement dit, de Mésopotamie. La Mésopotamie où est née l'écriture, et qui nous a offert le premier recueil de Lois de l'Histoire) organisée par Alexeï Jankowski, fils d'archéologues, ayant grandi dans le département des antiquités orientales du musée de l'Ermitage, et assistant d'Alexandre Sokourov. Pas tellement par la remise en état et la réouverture au public du Musée de Bagdad, malgré toute son importance historique. Mais par le saccage des sites archéologiques, multiples sur cette terre chargée d'Histoire, par des gens qui tentent de survivre comme ils peuvent, et pour le profit, ou plutôt pour l'orgueil, de soi-disant amateurs qui confondent l'amour d'une civilisation avec la possession d'objets sortis de leur contexte. Ces Courageux qui, pour la science du passé, risquent leur vie et leur liberté tout autant qu'un Indiana Jones, même s'ils ne recherchent ni l'Arche d'Alliance, ni la fortune.

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